19.09.2007

Pierre de Ronsard(1524-1585),"Nouvelle continuation des Amours" (1556)

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Hé que voulez-vous dire ? Êtes-vous si cruelle
De ne vouloir aimer ? Voyez les passereaux
Qui démènent l'amour : voyez les colombeaux,
Regardez le ramier, voyez la tourterelle,

Voyez deçà delà d'une frétillante aile
Voleter par le bois les amoureux oiseaux,
Voyez la jeune vigne embrasser les ormeaux,
Et toute chose rire en la saison nouvelle :

Ici, la bergerette en tournant son fuseau
Dégoise ses amours, et là, le pastoureau
Répond à sa chanson ; ici toute chose aime,

Tout parle de l'amour, tout s'en veut enflammer :
Seulement votre cœur, froid d'une glace extrême,
Demeure opiniâtre et ne veut point aimer.

 

Une loi générale : l'élan vital
L'énergie de la parole amoureuse
L'expression du reproche

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01.09.2007

Guillaume Colletet (1598-1659), "Amours de Claudine"

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Claudine, avec le temps tes grâces passeront,
Ton jeune teint perdra sa pourpre et son ivoire,
Le ciel qui te fit blonde un jour te verra noire,
Et, comme je languis, tes beaux yeux languiront.

Ceux que tu traites mal te persécuteront,
Ils riront de l'orgueil qui t'en fait tant accroire,
Ils n'auront plus d'amour, tu n'auras plus de gloire,
Tu mourras, et mes vers jamais ne périront.

O cruelle à mes vœux ou plutôt à toi-même,
Veux-tu forcer des ans la puissance suprême,
Et te survivre encore au-delà du tombeau ?

Que ta douceur m'oblige à faire ton image
Et les ans douteront qui parut le plus beau,
............Ou mon esprit ou ton visage.

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23.08.2007

Pourquoi la catégorie "Carpe diem"?

J'essaie d'appliquer ce mot d'ordre qui m'intéresse aussi en tant que thème littéraire.

cf. textes dans cette catégorie

14.08.2007

Charles Baudelaire (1821-1867),Les Fleurs du Mal, Spleen et Idéal, (1857), "Remords posthume"

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Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse,
Au fond d'un monument construit en marbre noir,
Et lorsque tu n'auras pour alcôve et manoir
Qu'un caveau pluvieux et qu'une fosse creuse;

Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse
Et tes flancs qu'assouplit un charmant nonchaloir,
Empêchera ton cœur de battre et de vouloir,
Et tes pieds de courir leur course aventureuse,

Le tombeau, confident de mon rêve infini
(Car le tombeau toujours comprendra le poète),
Durant ces grandes nuits d'où le somme est banni,

Te dira : « Que vous sert, courtisane imparfaite,
De n'avoir pas connu ce que pleurent les morts ? »
─ Et le ver rongera ta peau comme un remords.

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Pierre Corneille(1606-1684),"Stances à Marquise" (1658)

Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu'à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.

Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront :
Il saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front.

Le même cours des planètes
Règle nos jours et nos nuits :
On m'a vu ce que vous êtes
Vous serez ce que je suis.

Cependant j'ai quelques charmes
Qui sont assez éclatants
Pour n'avoir pas trop d'alarmes
De ces ravages du temps.

Vous en avez qu'on adore ;
Mais ceux que vous méprisez
Pourraient bien durer encore
Quand ceux-là seront usés.

Ils pourront sauver la gloire
Des yeux qui me semblent doux,
Et dans mille ans faire croire
Ce qu'il me plaira de vous.

Chez cette race nouvelle
Où j'aurai quelque crédit,
Vous ne passerez pour belle
Qu'autant que je l'aurai dit.

Pensez-y, belle Marquise,
Quoiqu'un grison fasse effroi,
Il vaut bien qu'on le courtise
Quand il est fait comme moi.

Voici la réponse qu'a imaginée Tristan Bernard aux Stances à Marquise de Corneille (reprise par Georges Brassens dans sa mise en musique du poème) :


       Peut-être que je serai vieille,
       Répond Marquise, cependant
       J'ai vingt-six ans, mon vieux Corneille,
       Et je t'emmerde en attendant.

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Le discours du "carpe diem"

Hérité de la tradition antique (les mots carpe diem, carpe horam - c'est-à-dire : "cueille le jour, cueille l'heure" - nous viennent du poète latin Horace), ce "thème" est ancré surtout dans la pensée épicurienne. Détaché du passé à l'égard duquel il ne sait éprouver que de la gratitude, confiant dans l'avenir qu'il a su priver de la vaine espérance, le sage est décidé à vivre au présent. Non pour y assouvir un appétit de plaisirs, mais pour atteindre la sérénité de la vertu. Pourtant ce qui pourrait donner lieu à une célébration de la vie immédiate devient dès le XVI° siècle prétexte à une leçon morale : l'évocation de l'élan vital manifesté par la nature entière, élan que la jeune femme aimée, insensible à la parole poétique, a le tort de ne pas vouloir partager, s'accompagne d'une méditation sur la mort et les ravages du temps. Que devient dès lors le discours amoureux ?

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Raymond Queneau (1903-1976),L'instant fatal (1948), "Si tu t'imagines"

Si tu t'imagines
si tu t'imagines
fillette fillette
si tu t'imagines
xa va xa va xa
va durer toujours
la saison des za
la saison des za
saison des amours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

Si tu crois petite
si tu crois ah ah
que ton teint de rose
ta taille de guêpe
tes mignons biceps
tes ongles d'émail
ta cuisse de nymphe
et ton pied léger
si tu crois petite
xa va xa va xa va
va durer toujours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

les beaux jours s'en vont
les beaux jours de fête
soleils et planètes
tournent tous en rond
mais toi ma petite
tu marches tout droit
vers sque tu vois pas
très sournois s'approchent
la ride véloce
la pesante graisse
le menton triplé
le muscle avachi
allons cueille cueille
les roses les roses
roses de la vie
et que leurs pétales
soient la mer étale
de tous les bonheurs
allons cueille cueille
si tu le fais pas
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures.

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Ronsard, Sonnets pour Hélène (1578)

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
"Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle !"

Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s'aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.

Je serai sous la terre, et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos :
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie
.

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29.07.2007

Le seul regret de Jean-Pierre Elkabbach

PIERRE DE BOISHUE.
 Publié le 21 juillet 2007
Actualisé le 21 juillet 2007 : 21h58

Il y a quarante ans, le journaliste croisait une inconnue sans oser l'aborder. Depuis il s'est contraint à ne plus laisser passer sa chance.

« JE VIS intensément le présent. La Femme en bleu explique sans doute cette attitude. » Étonnante confidence que celle de Jean- Pierre Elkabbach. Il avait 30 ans. Il était tombé sous le charme éphémère d'une inconnue... Le président d'Europe 1 et de Public Sénat garde précisément en mémoire cet épisode qui, dit-il, a forgé son caractère et a eu un impact sur sa vie. « Je débutais ma carrière de journaliste, se souvient-il. J'étais timide et réservé. Je me trouvaissur les Champs-Élysées, un jour de juin. Le temps était splendide. À un moment donné, j'ai croisé une femme magnifique d'environ 35 ans, très brune, dans une robe bleu nuit en mousseline... »
Installé dans son bureau parisien, au siège d'Europe 1, Jean-Pierre Elkabbach s'interrompt. Curieuse impression que celle d'entendre l'interviewer, dont le parcours professionnel offre une succession de succès et de traversées du désert, s'appesantir sur un souvenir aussi original. « C'était une apparition. Cette femme me rappelait ces actrices italiennes qu'on aimait bien autrefois. Elle ressemblait à Lea Massari. Nous nous sommes croisés. Je me suis retourné. Elle aussi. Nous avons échangé un sourire. Nous avons continué notre chemin. J'ai à nouveau jeté un oeil derrière moi. Elle m'a adressé un autre regard. Puis elle a tourné dans une rue. J'ai essayé de la retrouver. J'ai couru. En vain. Je ne l'ai plus jamais revue. D'une certaine façon, j'ai été influencé par cet épisode. »
Avant d'exposer cette anecdote, l'ancien animateur de « Cartes sur table » avait jeté un oeil dans le dictionnaire sur la définition du mot « regret » pour expliquer en quoi celle-ci était contraire à sa philosophie de la vie. Mélancolie, amertume, remords... « Je ne me reconnais pas dans tous ces mots parce qu'ils traduisent un échec. J'ai plus de désirs et d'envies que de regrets. Le goût de l'action domine chez moi », indique le journaliste, qui se souvient encore de son dépit après avoir perdu la femme en bleu. « Cela aurait pu être une rencontre importante pour elle et pour moi. Elle n'a jamais eu lieu. Elle m'a laissé sur un sentiment de frustration... » Et Jean-Pierre Elkabbach de poursuivre sur le même registre et de décrire sa chance d'avoir échoué plus tôt sur les Champs-Élysées : « Ceci m'a conduit à arrêter, plusieurs années plus tard, une femme en rouge. » Le chef d'entreprise remonte le courant de ses souvenirs.
La situation vécue des années auparavant se répète. Il est frappé par le regard d'une inconnue vêtue de rouge qu'il aperçoit à travers la vitre d'un autobus au coin de la rue Cognacq-Jay. Il décide de tenter sa chance en se lançant à sa poursuite.« Elle était brune et très belle. Je lui ai fait signe de descendre. Elle a haussé les épaules. Le bus avançait lentement. Le conducteur s'est fait interpeller par les passagers qui observaient mon agitation dans la rue. Il s'est exécuté. La femme est descendue. Elle m'a donné son nom. Il s'agissait de Nicole Avril (dont il partage la vie, NDLR). Elle venait de publier deux livres. »
Un tempérament de « fonceur » qui lui vaut des inimitiés. Et notamment lors de sa présidence à France Télévisions, dont il fut contraint de démissionner après la polémique sur les contrats qu'il avait accordés aux animateurs producteurs. « J'ai eu de très nombreuses périodes très heureuses, dit-il. J'intègre même les moments où j'ai reçu des coups, où j'étais mort socialement et où on parlait de moi comme si je n'avais jamais existé. » L'homme est peu disert sur ses échecs. Mais il se prête au jeu. Se reproche les périodes où il s'est montré « conformiste et pas assez audacieux », « impatient et impulsif » lorsqu'il exerçait de hautes responsabilités. « J'ai parfois blessé avec des mots maladroits. J'ai appris à mieux maîtriser les choses et à prendre les décisions avec plus de maturité. J'essaie de ne pas profiter des situations de pouvoir qu'on a à un moment donné. Elles sont forcément passagères », précise Jean-Pierre Elkabbach.
En fin d'interview, il évoque Oran et la mémoire de son père. Parmi ses regrets « littéraires » : ne jamais avoir rencontré Albert Camus. « Nous avions des amis communs. J'ai le souvenir d'être allé parfois chez eux à l'heure du café et de ne voir de lui que la fin de sa cigarette qui se consumait dans un cendrier. » Mais dans son bureau d'Europe 1, Jean-Pierre Elkabbach souhaitait surtout raconter ce jour-là un regret heureux. Celui de la Femme en bleu...

20.10.2006

A Leuconoe, d'après Horace, Ode I,11

Ne cherche pas à savoir, Leuconoé, quelle fin les dieux ont assignée à l'un ou à l'autre. Cette connaissance nous est interdite. N'interroge plus ces nombres magiques venus de Babylone.

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