15.07.2008

Marque-Page. Jérôme Garcin lit Jaccottet, le plus grand poète

Marque-Page. Jérôme Garcin lit Jaccottet, le plus grand poète

Pour ce dernier Marque-page, Jérôme Garcin a choisi de nous faire rencontrer Philippe Jaccottet, l`un des plus grands poètes vivants, contemporains, le plus grand , dit-il.

http://tempsreel.nouvelobs.com/videos/index.php?id_video=...

07.06.2008

J'ai lu:Sohrâb Sepehri: "Volume vert"

304414110.jpg

Volume Vert (extrait) :

L'eau

Ne rendons pas l'eau boueuse :
Il semblerait qu'en aval un pigeon s'abreuve,
Ou qu'en un lointain bosquet un chardonneret lave ses plumes,
Que dans un hameau une cruche s’emplisse.

Ne rendons pas l'eau boueuse :
Peut-être va-t-elle, cette eau vive, jusqu'au pied d'un peuplier laver la tristesse d'un cœur.
La main d'un derviche y a peut-être plongé son pain sec.

Une belle femme est venue au bord de la rivière,
Ne rendons pas l'eau boueuse :
Le beau visage s'est dédoublé.

Quel délice cette eau !
Quelle limpidité cette rivière !
Ces gens en amont que de grâce ils ont !
Que leurs sources bouillonnent, que leurs vaches donnent des flots de lait !
Je n'ai pas vu leur village,
Sans doute y a t-il au pied de leurs haies la trace du pied de Dieu.
Là-bas le clair de lune illumine l'étendue de la parole.
Sans doute, au village en amont, les murets sont-ils bas.
Les gens y savent quelle fleur est le coquelicot.
Sans doute, là-bas, le bleu est-il bleu.
Qu'un bouton éclose, les villageois sont au courant.
Quel village ce doit être !
Que ses chemins s'emplissent de musique !
Les gens du haut de la rivière comprennent l'eau :
Ils ne la rendent pas boueuse. Nous non plus
Ne rendons pas l'eau boueuse.

Recueil traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER

Cet ouvrage ne bénéficiant d'aucune diffusion commerciale, vous ne le trouverez que dans peu de librairies.
Seul le "bouche à oreille" peut permettre de porter cette voix lointaine à la connaissance d'un auditoire francophone amateur de poésie...

Editions de l'Arbre
7, route d'Hammeret 02370 Aizy-Jouy
Prix : 16 €  (chèques à l'ordre de Christine Brisset-Le mauve)
Envoi possible d'un bulletin de souscription, par courriel, dans ce cas veuillez donner vos coordonnées par MP.

 http://www.mizehgerd.com/forum/viewtopic.php?pid=23239

29.05.2008

J'ai lu:Percy Bysshe Shelley dans la collection "L'oeil du poète" chez Textuel

1181651381.jpgPercy Bysshe Shelley
 
Biographie en résumé
Littérateur anglais, né près d’Horsham le 4 août 1792, mort en mer le 8 juillet 1822. Il fit ses premières études à la pension de Sion House, de Brentford, les acheva à Eton et, à cause de sa faiblesse, de sa beauté, de sa sensibilité maladive, eut à souffrir les persécutions de ses condisciples. Pour se consoler et oublier, il se jeta, avec ardeur, dans les études et dans les expériences scientifiques qui avaient pour lui un vif attrait; ce qui lui valut, du reste, le surnom de « Shelley le Fou », ou celui, encore plus venimeux, de « Shelley l’Athée ». Il composait déjà des romans : Zastrozzi (1808), qui se ressent grandement de l’influence de Mrs Radcliffe; Saint Irvyne or the Rosicrucian (1810); des poésies : Wandering Jew, en collaboration avec Thomas Medwin; Original Poetry by Victor and Cazire (1810), en collaboration avec sa cousine Harriet Grove, à laquelle il voua toute sa vie un amour platonique. Enfin, il se fit expulser d’Oxford, où il achevait son instruction, pour une composition qui fit horreur aux directeurs; The Necessity of Atheism (1811). Il s’établit à Londres, s’amouracha d’une fillette de seize ans, Harriet Westbrook, et l’épousa après un romanesque enlèvement. Peu après, il se liait avec Southey, avec Godwin, se jetait tête baissée dans la politique, discourait dans les meetings et participait aux extravagances des végétariens. Ses écrits révolutionnaires, Déclaration of Rights (Dublin, 1812) et The Devil’s Walk (1812), attirèrent l’attention du gouvernement, et, pour se soustraire à des poursuites imminentes, il erra d’un bout de l’Angleterre à l’autre, trouvant tout de même le loisir de publier sa Queen Mab (Londres, 1813, in-8), poème philosophique, et une Réfutation of Deism (1814, in-8), qui sent le fagot. Son ménage était devenu un enfer, et il se sépara de sa femme pour les motifs les plus singuliers, ceux qu’on a l’habitude de qualifier d’incompatibilité d’humeur. Pour se consoler, il enleva Mary Godwin et fit avec elle un voyage en France et en Suisse dont il a publié le récit, The History of a Six Weeks’ Tour (1817). Entre temps, sa femme avait donné naissance à un fils, Charles Bysshe, et toute la famille de Shelley, furieuse de l’abandon où il l’avait laissée, coupa les vivres au poète. Ses misères lui inspirèrent un magnifique poème : Alastor or the Spirit of Solitude (Londres, 1816, in-8); mais elles ne s’atténuaient pas. Bien au contraire, il fut forcé de repasser sur le continent à la suite d’affaires de femmes très embrouillées, où fut mêlée Claire Clarmont, une des maîtresses de Byron, qui d’ailleurs lui fit connaître le grand homme. Là-desssus la femme de Shelley mourut dans des circonstances assez pénibles, et le poète épousa (30 décembre 1816) Mary dont il avait déjà un fils et dont il eut une fille peu après. Claire Clarmont, maintenant brouillée avec Byron, dont elle avait eu une fille Allegra, retomba avec son enfant à la charge de Shelley, que Godwin poursuivait, par surcroît, de ses demandes d’argent. C’est au milieu de tous ces embarras qu’il créa un chef-d’œuvre, The Revolt of Islam (Londres, 1818, in-8), l’un des plus purs morceaux de poésie de la littérature anglaise. Mais comme il ne pouvait plus vivre en Angleterre, il s’établit (1818) en Italie sans esprit de retour. Il y retrouva Byron, auquel il rendit la petite Allegra, se lia avec lui d’une forte amitié, visita les grandes villes : Florence, Naples, Venise, Rome, écrivant beaucoup : The Cenci (1819, in-8), tragédie en cinq actes; Prometheus unbound (1820, in-8), poème d’une sublime envolée sur le thème de la rédemption de l’humanité; The Ode of the West Wind, d’un lyrisme échevelé, etc. La connaissance qu’il fit de la charmante Emilia Viviani lui inspira son Epipsychidion (1821, in-8), d’un si mélodieux mysticisme, et la mort de Keats son Adonais (1821, in-4), qui passe pour son chef-d’œuvre. D’une activité intellectuelle prodigieuse, il traduisait Platon, Spinoza, Eschyle, Goethe, Calderon. En avril 1822, il vint habiter avec des amis près de la La Spezzia. Il périt pendant une traversée de Leghorn à La Spezzia, au milieu d’une affreuse tempête. Son corps retrouvé, seulement au bout de dix jours, fut brûlé en présence de Byron et de Leigh Hunt, et ses cendres placées dans le cimetière protestant de Rome.

Shelley est un des meilleurs lyriques de l’Angleterre, peut-être le meilleur; car ni Dryden, ni Wordsworth n’ont égalé toujours la magnificence de son style, sa clarté, sa grâce, sa fraîcheur d’imagination, sa spontanéité; et aucun n’a eu plus d’influence sur le développementde la poésie anglaise.

Citons encore de lui : Rosalind and Helen (1819); Lines written in dejection (1819); Peter Bell the Third (1839); The Masque of Anarchy (1832); Witch of Atlas (1820); Swellfoot the Tyrant (1820); Defence of Poetry (1821); Hellas (1822). Les principaux recueils sont ceux des Poetical Pieces (1823); Posthumous Poems (Londres, 1874 in-8). Une édition des Œuvres complètes fut donnée par sa veuve en 1839 (4 vol.), mais il parut, depuis, des lettres et des écrits en prose, des fragments poétiques, etc. La seule édition vraiment complète [au moment de la rédaction de cette notice – note de l’Enc. de L’Ag.] est celle de Buxton Forman (Londres, 1876-80, 8 vol.). Shelley a été traduit en français, en allemand, en italien, en russe, etc.

Article «Shelley» de La grande encyclopédie: inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts. Tome vingt-neuvième (Saavedra-Sigillaires). Réalisée par une société de savants et de gens de lettres sous la direction de MM. Berthelot, Hartwig Derenbourg, F.-Camille Dreyfus [et al.]. Réimpression non datée de l'édition de 1885-1902. Paris, Société anonyme de "La grande encyclopédie", [191-?], p. 1147-1148.


Shelley. Gravure tirée de : Henry A. Beers et al., From Chaucer to Tennyson (image reprise du site du Project Gutenberg)

Œuvres de Percy Bysshe Shelley
En anglais

Poésie

The Complete Poetical Works of Percy Bysshe Shelley (New York: Houghton Mifflin, c1901), édition préparée par George Edward Woodberry (Bartleby.com)
The Complete Poetical Works of Percy Bysshe Shelley (Oxford Edition, 1914), édition préparée par Thomas Hutchinson (Project Gutenberg)
Sélection de poèmes (Online Book Initiative)

Adonais: An Elegy on the Death of John Keats (University of Toronto)
Alastor: or, The Spirit of Solitude (University of Toronto)
The Daemon of the World (Project Gutenberg)
The Devil's Walk Édition hypertextuelle annotée par Neil Fraistat et Donald H. Reiman On the Medusa of Leonardo da Vinci. Édition critique hypertextuele annotée par Neil Fraistat et Melissa Sites

Théâtre

The Cenci (Bartleby.com)
Prometheus Unbound (and other works) (University of Pennsylvania)

Correspondance

Letters from Italy. Ensemble de 67 lettres écrites par Shelley entre 1818 et 1822 alors qu'il voyageait en Italie. Tiré de l'édition de Essays, Letters from Abroad, Translations and Fragments, by Percy Bysshe Shelley. Édité par Mary Shelley (1840).

Essais

A Defence of Poetry (University of Toronto)

Notes on Queen Mab (University of Pennsylvania)

The Necessity of Atheism (infidels.org)

Declaration of Rights. Tiré de l'édition de 1880 de The Works of Percy Bysshe Shelley in Verse and Prose (H. Buxton Forman, éditeur).

An Address to the People on the Death of Princess Charlotte. Tiré de l'édition de 1880 de The Works of Percy Bysshe Shelley in Verse and Prose (H. Buxton Forman, éditeur).

Essay on Christianity. Tiré de l'édition de 1880 de The Works of Percy Bysshe Shelley in Verse and Prose (H. Buxton Forman, éditeur)

On Life. Tiré de l'édition de 1880 de The Works of Percy Bysshe Shelley in Verse and Prose (H. Buxton Forman, éditeur)

On Love. Tiré de l'édition de 1880 de The Works of Percy Bysshe Shelley in Verse and Prose (H. Buxton Forman, éditeur)


Traductions en langue française

Oeuvres poétiques complètes de Shelley. Deuxième édition. Paris, P.V. Stock (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)
Tome premier, 1907, 394 p.
Tome second, 1908, 364 p.
Tome troisième, 1909, 405 p.

Oeuvres en prose. Traduit de l'anglais par Albert Savine. Paris, P. V. Stock, 1903, VIII-398 p. Comprend notamment: Pamphlets politiques; Réfutation du deïsme; Fragments de romans (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

Documentation

Bibliographie

André Koszul, La jeunesse de Shelley, Paris, Bloud, 1910, XIX-439 p. (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)

Neil Fraistat (éd.), Early Shelley: Vulgarisms, Politics, and Fractals

 

http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Percy_Bysshe_Shelley

 

15.05.2008

J'ai lu:Henri Heine:"Poèmes et légendes"

que NERVAL A TRADUITS .



 

Henri Heine

la modernité du lyrisme et la couleur du sang

 

"Avec moi se referme la vieille école du lyrisme allemand, et en même temps s'ouvre les voies de la modernité du nouveau lyrisme allemand"

Heine n'a pour véritable égal et contemporain que Baudelaire. Tous deux sont des chantres de la modernité poétique. Tous deux admiraient et écrivaient sur les peintres de leur temps surtout Delacroix. Chacun d'eux était plongé dans l'amertume et le besoin, et haïssaient pareillement les bourgeois. Chacun d'eux ne se faisait guère d'illusion sur l'amour. Chacun d'eux maudissaient les hommes et aimaient avec passion l'humanité.

Chacun est mort en exil. Heine sera interdit en Allemagne, Baudelaire s'enfuira en Belgique. Leurs poèmes ne seront véritablement compris que bien aprés, et par eux deux le scandale est arrivé au milieu des panses bourgeoises et nationalistes. La beauté vénéneuse de leur poésie n'en finit pas de nous hanter.

Heine est un écrivain politique qui croira au bonheur de la révolution. Il est aussi l'enfant de la société industrielle naissante. Comme Baudelaire à partir de la médiocrité du présent, il transfigure la poésie. Il fait rendre gorge à la banalité du quotidien. Il est, dans la même source, baigné d'amertume, d'ironie, de joie parfois et aussi de pathos. L'art de Heine est là dans son extréme simplicité des mots, par ses résonances et ses rimes. Heine est déjà totalement chant dans ses poèmes. Déjà dans ses poèmes fait à l'âge de seize ans les ailes du chant le porte.
Et c'est en 1821 qu'il marque d'une pierre blanche l'histoire de la poésie occidentale.

Heine est plus connu comme l'ange noir inspirant les musiciens romantiques allemands que par ses propres oeuvres. Il aura été, et de loin, le poète allemand le plus mis en musique, bien avant Goethe. Car son chant est le Chant.

 

Schubert, -le Chant du cygne-, Schumann, -les Amours du poète et divers lieder-, Brahms, -dans la mort est la fraîche nuit-, et tant d'autres ont suivi la musique chantante des poèmes de Heine. Mendelssohn, Grieg, Reger, Richard Strauss, Liszt, Cornélius,... Peu, très peu, et surtout pas Schumann, on comprit que derrière le lyrisme fluide de Heine se lovait une amertume absolue, un mal d'être de l'exilé. Sa Lorelei a des larmes amères et elle engloutit le corps de cette Allemagne qui voulait flotter dans l'inconscience. Heine en faisant semblant de reprendre des formes poétiques populaires dynamite en fait de l'intérieur l'imaginaire allemand: "Avec moi se referme la vieille école du lyrisme allemand, et en même temps s'ouvre les voies de la modernité du nouveau lyrisme allemand". Là où l'on se réjouissait d'entendre les beaux chants d'un nouveau rossignol de la langue allemande se dissimulait un merle persifleur.
Sous le miel le fiel sourdait.
Ainsi:

"-Wenn ich in deine Augen seh',
So schwindet all' mein Leid und Weh;
Doch wenn ich küße deinen Mund,
So werd' ich ganz und gar gesund.

Wenn ich mich lehn' an deine Brust,
Kommt's über mich wie Himmelslust;
Doch wenn du sprichst: ich liebe dich!
So muß ich weinen bitterlich.

Quand je regarde au fond de tes yeux
toutes mes peines et mes douleurs s'évanouissent
Mais quand j'embrasse ta bouche
Là je deviens tout à fait guéri

Quand je me repose contre ta poitrine
il vient sur moi comme la joie céleste
mais quand tu dis: je t'aime
alors je dois pleurer amèrement."

On peut croire à première lecture qu'il s'agit d'un poème d'amour heureux, mais le sens profond qui est l'éternel mensonge en amour apparaît et les larmes viennent de ces mots "je t'aime" qui sonneront faux jusqu'à la fin du monde.

"J'aime la mer comme une maîtresse, et j'ai chanté sa beauté et ses caprices." et Heine qui souvent passe ses automnes prés d e la Mer du Nord a fait de sa poésie une marée d'images. Le flux et le reflux des eaux des origines. Ses amours malheureuses avec ses cousines Amélie puis Thérèse lui apprendront que l'amour cachait la mort et le mensonge (Buch des Lieder, 1827- Livre des chants)

Il reste le mouton noir de la germanitude, l'inclassable, le trop doué pour la musqué absolue des mots, en fin l'être double: juif et converti, allemand et parisien, saint-simonien et bonapartiste, poète et journaliste.Il; est aussi le poète dans une société mercantile, le pauvre au milieu d'une famille riche, vivant de l'aumône d'un parent, aristocrate par goût et démocrate par principe, "Allemand de naissance et Français d'éducation, rêveur et sceptique, amoureux et libertin". Il ne sera que contrastes et il savait tout cela. Sa lucidité est bien "la blessure la plus rapprochée du soleil" dont parlait René Char.

Il doit assumer ses élans de révolutionnaire, sa condition de converti, lui le juif qui de Harry deviendra Heinrich.

Il était né à Düsseldorf le 13 décembre 1797, ville presque française à l'époque car occupée depuis 1806 jusqu'en 1814 par les Français, mais sa ville véritablement natale sera Hambourg où il vécut malheureux de 1816 à 1819, puis de 1825 à 1827. Délaissant son diplôme de docteur en droit, alors qu'il voulait exercé à Hambourg comme avocat , il préférera devenir européen allant dans divers régions d'Allemagne, en Angleterre, en Italie, en France, en Pologne. Haï parce que juif, détesté parce que porteur des idées nouvelles, parce qu 'internationaliste et progressiste, il sera l'homme à abattre des nationalistes allemands. Et il deviendra le poète le plus détesté de l'Allemagne surtout dans les années 1930: le " cochon de Montmartre ", est l'artisan de la "désagrégation de l’art allemand ", "il a déversé des baquets de purin nauséabond sur le christianisme " et " trahi et outragé l’Allemagne de la façon la plus ignoble ".

Que Dieu me le pardonne! Depuis douze ans , je suis discuté en Allemagne; on me loue et on me blâme, mais toujours avec passion et sans cesse. Là, on m'aime, on me déteste, on m'apothéose, on m'injurie. Depuis presque quatre ans, je n'ai pas entendu un rossignol allemand.

Hitler lui-même interdira personnellement son oeuvre et tous les livres de Heine furent jetés dans les brasiers allumés le 10 mai 1933. Près de quatre-vingt ans aprés sa mort. Mais même maintenant son oeuvre suscite bien des réticences en Allemagne, sauf les poèmes ânonnés dans les écoles (Lorelei,...) et les cycle de lieder.

Il faudra attendre 1988 pour que l’université de Düsseldorf porte le nom du fils le plus célèbre de la ville. Mahler a connu un sort analogue avec Vienne. Dés son époque Heine fut vomi, ainsi par son contemporain Grabbe: "Heine est un petit juif maigre et laid, qui n’a jamais connu de femme, et compense tout cela par son imagination. Sa souffrance, aussi peu naturelle puisse-t-elle sembler, est peut-être réelle. Mais ses vers ne sont pas des poésies. De la masturbation". Un juif ne pouvait pas faire de la beauté.
Cette haine pathologique du juif et du lyrisme sera le terreau du nazisme, le basculement du romantisme vers l'obscur précipitera la chute de l'Allemagne dans sa barbarie qui était sous-jacente. Il prédit le noir à venir, la réalité de ce qu'il appelle la misère de l'Allemagne, et donc la chute dans la barbarie.

Curieusement l'état d'Israel ne le célébrera que récemment (2002), ne lui pardonnant pas sa conversion, lui le fils d'un juif orthodoxe et d'une mère issue d'une longue filiation de juifs érudits et libéraux. Le nationaliste et l'intégrisme n'ont pas de frontières, et les lumières disparaissent dans la fumée de l'intolérance. Pourtant Heine est l'un des grands poètes juifs avec Celan, Brodsky, Sachs,...

Sa conversion obligatoire le 28 juin 1825 au protestantisme afin d'accéder à une fonction publique,sera une épreuve pour lui qui ne croyait qu'en l'avenir radieux de l'homme par les idées. Il devait échapper au ghetto du pays-( des villes comme Frankfort avaient bel et bien des ghettos en 1820. Le 18 août 1822, le roi de Prusse interdit toute présence de juifs dans l'enseignement et les sciences. Comme le dit Heine "leur patrie d’adoption allemande ne veut même pas autoriser les juifs à devenir fonctionnaires du roi de Prusse ou avocats, pour les changer du commerce de vieux pantalons !".

Mais l'ironie ne sauve pas de la bêtise et Heine doit ruser. Il se convertit au baptême chrétien (allemand luthérien), mais cela ne servira à rien car il restera" le juif" aux yeux des autres. Et rejeté par sa communauté comme traître. Il finit par se haïr d'être juif, et aussi d'être allemand. " Tout ce qui est allemand me répugne [...] agit sur moi comme un vomitif. La langue allemande me déchire les oreilles. Parfois mes propres poèmes me dégoûtent quand je prends conscience qu’ils sont écrits en allemand. "

"Pour les teutomanes, ces vieilles Allemagnes, dont le patriotisme ne consistait que dans une haine aveugle contre la France, je les ai poursuivis avec acharnement dans tous mes livres".

Voyageur et attentif aux craquements des absolutismes, lui l'admirateur effréné de la révolution française. De cette révolution il ne voyait que les drapeaux et les tambours, pas la guillotine. Napoléon était la liberté incarnée, et de fait l'Allemagne en sera bousculée. Installé car banni d'Allemagne dés 1831, il écrivit pour plusieurs journaux allemands. Il était devant cette marmite qu'était la monarchie de Juillet, et qu'il croyait être un laboratoire des idées à venir, une préfigutation de la modernité dont il rêvait lui l'enfant des Lumières.
Il se disait le fils et l'amant de la Révolution Française sous laquelle il aurait été certainement guillotiné, lui l'oiseau libre et impertinent. Comme un papillon épris de liberté il venait se poser sur Paris où semblait se redéfinir la politique et le social du monde à venir, loin de ces teutons pris dans leur haine baveuse du nationalisme.

Ses rares amis furent George Sand, Balzac, Musset. Il va épouser en 1843 aprés sept ans de liaison "une servante au grand coeur", petite vendeuse de son état, la très bigote catholique et très illettrée Eugénie Crescence Mirat, qu’il rebaptisa " Mathilde ", - "Je ne sais si elle a été vertueuse, mais elle a toujours été laide, et, en fait de vertu, la laideur, c'est la moitié du chemin". Frappé de paralysie (une douloureuse sclérose latérale myatropique), dés 1848.
Il se trainera miséreux, presque aveugle, sans jamais avoir revu l'Allemagne sauf pour deux brefs séjours en 1843 et 1844. Prisonnier de son" lit tombeau", de son sarcophage il était figé dans la douleur. Mais cloué il écrivait surtout de la prose lucide et profonde, puis son ultime recueil Romancero(1851), qui semblait montrer un retour au Heine des années lyriques de 1822. Le corps était mort, mais son esprit scintillait encore. Le 17 février 1856 il mourut.

Il est enterré au cimetière Montmartre. Amer, en colère contre les hommes "Le monde compte plus d'imbéciles que d'habitants". Il a vu venir la plongée dans l'obscur de l'Allemagne et aussi de l'Europe. " Nous ne comprenons guère les ruines que le jour où nous-mêmes le sommes devenus.

Sans arrêt dans ses écrits reviennent par auto citations, par thèmes les fondements de son idée fixe: l'Allemagne est sur la voie de la régression, la France sur la voie de l'émancipation, voir Germania, conte d'hiver, Lettres de Helgoland et Louis Börne. Une véritable obsession du sang et de la guillotine parcourt son oeuvre. Sang non pas des victimes, dont il aurait fait partie, mais sang libérateur, émancipateur. la couleur du sang chez Heine a les couleurs d'un drapeau tricolore.
Son premier amour, Josepha était la rousse, très rousse, fille du bourreau de Düsseldorf !

Ces têtes coupées semblaient être le sacrifice nécessaire à la mort historique d'un monde pourri. Le tambour Legrand reprend cette imagerie d'Epinal de la révolution française et napoléonienne, comme le ferait un film de propagande des premières années soviétiques. Élève de Hegel il croyait que l'histoire a un sens. Mais il avait compris qu'une révolution ne ferait pas la révolution politique et sociale qu'il appelait de toutes ses forces. Les écrits du jeune Marx sont contemporains (1848) et moins pénétrants. Heine le lisait depuis 1843, il était son ami.
Friedrich Engels traduira ses poèmes en anglais.

Violemment anti-nationaliste allemand dans ses paroles et ses écrits, Heine a un rapport déchiré et déchirant avec son pays natal.Il aurait tant voulu être le médiateur entre les deux peuples allemand et français.

Profondément en lui, comme d'autres ont mal à l'âme, lui avait mal à l'Allemagne.

O Allemagne, mon lointain amour,
Quand je pense à toi, les larmes me viennent aux yeux.
La gaie France me paraît morose,
Et son peuple léger me pèse.
Seul le bon sens froid et sec
Règne dans le spirituel Paris.
O clochettes de la folie, cloches de la foi,
Comme vous tintez doucement dans mon pays!
Il me semble que j'entends résonner de loin
La trompe du veilleur de nuit, son familier et doux.
Le chant du veilleur vient jusqu'à moi,
Traversé par les accords du rossignol.

Il sera donc le poète de l'écartelement, celui qui voit même dans les yeux embués de l'amour le mensonge et la trahison. Il est aussi la fermeture du monde romantique face à un pays en route vers son industrialisation et qui n'a pas de penchant pour les fées, plutôt pour le charbon. Heine assiste a la fin d'un monde, à la crispation des consciences, à la montée des fanatismes. Son lyrisme cris