04.06.2008

Dans ma lecture de "Ruisdael, ciel ouvert"

Un mot que je connaissais pas:stathouder

(néerlandais stadhouder, de stade, « lieu » et houder, « qui gouverne »), dans les Pays-Bas espagnols, gouverneur militaire, à l’origine, d’une province à titre temporaire, et qui tient ses pouvoirs par délégation de son souverain ou des assemblées représentatives des provinces.
Encyclopédie Encarta

04.04.2008

Exclusif : le film hommage aux poilus

18/03/2008 | Mise à jour : 07:54 |
.

VIDEO - Le Figaro magazine vous propose le film de deux minutes diffusé lors de la cérémonie d'hommage aux combattants de la Grande guerre.

L'établissement de communication et de production audivisuelle de la défense (www.ecpad.fr) a réalisé à partir du document d'hommage aux poilus un film de 2 minutes diffusé lors de l'hommage aux combattants de la Grande Guerre. Le film, qui dure 13 minutes dans son intégralité, est entièrement réalisé à partir d’archives détenues par l’ECPAD, et pour une large part jamais diffusées.

 

http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2008/03/17/01006-...

21.12.2007

Première images de la grotte de Romulus et Rémus

Grâce au quotidien italien la Reppublica, les premières photographies
de
la grotte des Lupercales sont disponibles.

Le spectacle est tout simplement époustouflant.

Rappelons que Romulus et Rémus sont les deux héros légendaires qui
auraient fondé la ville de Rome en 753 avant Jésus-Christ, et (...)

-> http://www.portique.net/spip.php?breve499

12.12.2007

Pierre Miquel au Panthéon

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La disparition de Pierre Miquel?

On va être plusieurs à le regretter. Je pense plus prosaïquement à tous mes élèves (je vous déjà dit que j’ai été prof de collège pendant 12 années, ça en fait plus de 1 500 environ). Pourquoi donc? Pour une simple raison: dans les années 70-80, quand vous cherchiez des documents historiques à montrer aux élèves, il n’y avait qu’un seul type d’histoire de représenté: celle des grands hommes. Des tonnes de volumes sur Napoléon, par exemple. Ou Louis XIV, tête de gondole de tous les collèges de France.

En CDI (la bibliothèque d’un bahut), on ne trouvait que des ouvrages de 3 kg avec quatre malheureuses illustrations en noir et blanc au milieu. Les gamins regardaient tous déjà des bandes dessinées, mais question éducation, cette dernière était encore un véritable tabou. J’ai eu un jour droit à la remarque d’une collègue pour avoir prêté un Lucky Luke (perso) à un élève ; "Ça n’est pas de la littérature, ça M. Morice". Un jour, à la télé, chez Pivot, Daniel Pennac a expliqué le phénomène : en France, à l’époque, les livres c’est du relié Skyvertex ou skai, doré à l’or fin, sinon ça ne fait pas sérieux. Plein la vitrine pour faire joli, mais jamais lus. Comme l’Universalis, qu’ont tous les enseignants et qu’aucun n’utilise avec ses mômes. Les livres de poche étaient encore ainsi bannis des écoles. Pas assez sérieux.
Les grands hommes, ça va bien un temps. Elevé au biberon LeGoff de formation, je n’avais plus envie de leur expliquer comment vivait-on à une époque : comment on s’habillait, ce qu’on mangeait... ce qu’on pensait, ce qu’on écoutait, bref tout ce qui façonnait les hommes de la rue, ceux qui font les Etats avant même leurs dirigeants. Faire écouter "Ah, si on avait le charbon de la ruhr", de Jacques Hélian et son orchestre, sur un Gramophone d’époque, chanson de 3 minutes à peine qui résume tous les bouquins sur la lente montée vers la guerre de 40. Tout y est ! Regarder une scène du Capitan, avec Jean Marais, une poursuite en carrosse avec durant toute la scène une traînée stratosphérique d’avion à réaction, pour montrer la difficulté à repoduire une époque (chercher les antennes télé, un régal !) faire construire des puits égyptiens avec trois bouts de bois, ou un diaporama sur la guerre du Vietnam, qui n’était pas encore terminée. Ou pour commencer, en sixième, un questionnaire en 50 case à cocher oui ou non, dont "l’homme préhistorique se brosse les dents tous le matins", " l’homme préhistorique se fait soigner à l’hôpital"... et en dernier... une seule question ; "l’homme préhistorique peut-il mourir de vieillesse à 35 ans" ? Sur le Vietnam, on avait alors parlé de l’agent orange, dont les ravages, 30 après ne sont pas terminés, etc. Montrer des images fixes, souvent des photos tenues à bout de bras, vu que le lecteur VHS n’était pas encore là et qu’on n’avait qu’un projecteur de diapos pour 40 classes. L’archéologie de la société des médias, quoi.

Et puis, dans ce désert bibliographique, sont apparues de petites merveilles. En forme de bande dessinée... Elle s’appelaient toutes la Vie des hommes au temps... et il n’y avait qu’à remplir les points de suspension pour obtenir la vie au temps des Incas, des Egyptiens ou pendant le XIXe siècle... Une vraie mine, avec des dessins clairs et un texte précis. C’était signé Pierre Miquel, qui avait compris avant tout le monde non seulement la pédagogie, mais aussi l’air du temps. Les gamins les ont dévorés (littéralement parlant !), j’en ai racheté plusieurs exemplaires, à force, mais je ne ne m’en suis moi-même jamais lassé. Faire découvrir que les contes parlant de monstres proviennent du fait que le soir, au XVIIe encore, il n’y a pas de vitre aux fenêtres, mais du papier huilé, qui déforme tout, qu’un paysan sous Louis XIV à une drôle de démarche nécessairement car on lui a mis enfant un habit d’adulte dont on a retroussé les manches ou les jambes de pantalon, qu’un homme puisse manger toute sa vie le même plat ou presque au XVe, une bouillie à base de noix, de noisettes et non de légumes ni de viande (une idée prise à Chaunu). Bref, l’histoire telle qu’on devrait toujours l’enseigner, celle des petites gens aussi, ces oubliés des manuels. Miquel avait compris cela bien avant les autres, et était dans ce sens descendant direct de l’école des Annales de Lucien Febvre et March bloch. Un courant qui ne s’est jamais tari depuis. Et qui n’est pas prêt de se tarir.


Un grand pédagogue vient de décéder. Si on mesurait l’apport réel qu’il a pu avoir sur la tête des gamins et des adultes, Pierre Miquel devrait reposer au Panthéon. Pas moins. Il nous a assez expliqué que ce sont les hommes et leurs vies qui façonnent le monde, et non, comme beaucoup le croient encore les "grands hommes" seulement, pour qu’on décide d’en faire un, de "grand homme", en hommage à son immense talent de pédagogue. M. Miquel, en ces temps où on raconte tout et n’importe quoi, on aurait aimé un hommage national à celui qui nous a expliqué que ceux d’en bas faisaient autant l’Histoire que ceux d’en haut. Pour nous, qui nous sommes bercés de votre savoir et de votre écriture simple et claire, c’est simple, vous y êtes déjà, au Panthéon des historiens.

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Source: Agoravox

12.09.2007

Dominique de Villepin raconte Napoléon

a8550b2ee0bf210686556b3d1de835cc.gifL'ancien Premier ministre livre sa réflexion sur le pouvoir et sur l'ivresse dont tout homme qui s'en empare est saisi.
Le Soleil Noir de la Puissance. 1796-1807
Dominique de Villepin
ed. PERRIN

Dominique de Villepin raconte Napoléon
 par Christophe Barbier

 Du pont de Lodi au massacre d'Eylau, de la flamboyante campagne d'Italie aux neiges de Pologne, l'Europe assiste, médusée, à l'irrésistible ascension de Napoléon Bonaparte. Audacieux général en 1796, il est un invincible empereur en 1807. Après Les Cent-Jours, Dominique de Villepin narre ici, avec verve et précision, la partie glorieuse du vol de l'Aigle. Mais il décrit aussi un homme rongé par la peur et lentement brûlé par Le Soleil noir de la puissance. En filigrane, l'ancien Premier ministre livre aussi sa réflexion sur le pouvoir et sur l'ivresse dont tout homme qui s'en empare est saisi.

Après Les Cent-Jours, en attendant le tome sur le crépuscule de l'Aigle (1807-1814) et celui sur Sainte-Hélène et le mythe, qu'avez-vous souhaité appréhender en allant de Lodi à Tilsit, à la lueur du Soleil noir de la puissance?
C'est un livre sur les métamorphoses de Napoléon, sur l'ivresse du pouvoir également. J'ai voulu montrer comment le pouvoir, sa conquête et son exercice modifient en substance la personnalité napoléonienne.

Première métamorphose, Bonaparte passe du tacticien au stratège, à Lodi, en 1796...
Lodi, c'est la prise de conscience par Bonaparte de son destin: il fera d'ailleurs référence à l' «étoile de Lodi». Dans cette bataille pour passer un pont, il force le destin. Il dira: «Je voyais déjà le monde fuir sous moi comme si j'étais emporté dans les airs.» Et il ajoute: «Je ne me regardais plus comme un simple général, mais comme un homme appelé à influer sur le sort d'un peuple.» Plus que le passage d'un tacticien à un stratège, Lodi est le passage d'un homme du commun à un homme d'exception. On fonde usuellement la légitimité sur des paramètres extérieurs: l'onction, le suffrage, etc. Or, la légitimité, c'est d'abord la conscience qu'un homme a de sa différence. Et c'est une grande clef de l'histoire politique. D'où l'importance de la révélation de Lodi. D'autant que la manière dont est perçu Bonaparte change. Dans le regard de ses soldats, d'abord. Le «petit caporal» brocardé, homme de main de Barras chargé en Italie d'une simple opération de diversion, se place par cet exploit au centre de la scène. Pour les populations, ensuite: son talent politique pour gérer les villes occupées, parler aux foules, limiter les horreurs de la guerre, le distingue. Aux yeux du Directoire, enfin: Bonaparte résiste quand Kellermann lui est dépêché pour partager le commandement. Il y a une cristallisation décisive à ce moment-là. Nombre d'autres généraux peuvent prétendre à briller, et, malingre, le Corse n'est pas le plus flamboyant. Mais, nourri des blessures, des épreuves, de la solitude de sa jeunesse, il a la conscience de sa prédestination.

Se voit-il alors irrésistible?
Non. Il a appris aussi la précarité des choses. Dans les prisons de Thermidor, quand un boulet le frôle ou qu'un cheval est tué sous lui à Toulon, il a compris que tout peut basculer. Il prend tous les risques, mais avec cette conscience de la volatilité des situations. Et avec un génie du calendrier qui distingue les politiques d'exception. Il revient d'Italie en héros, mais il se livre peu, car il a compris que la situation n'était pas mûre. Il se sait militaire dans une période où les politiques dominent, et va donc pousser sa légitimité dans d'autres exploits armés. Parce qu'il a le sens du moment, il décide le détour par l'Egypte. Il sait que la légitimité est complexe, qu'elle se bâtit, et il ajoute donc à ses attributs militaires l'imaginaire porté par l'Orient - Alexandre, César, Saint Louis... - et une dimension intellectuelle en emmenant des savants. Magie du personnage, instinct de la politique, il montre aussi qu'il sait transformer des échecs en succès. L'Egypte, c'est beaucoup d'échecs: Aboukir, Saint-Jean-d'Acre, Jaffa... Mais Napoléon sait que la perception des événements compte plus que les faits et les met donc en scène. Puis, constatant que l'Europe bouge, il se dit qu'il a un rendez-vous à ne pas manquer, qu'il faut partir. Une fois de plus, le sens du moment.

Mais pour cet enjeu suprême, devenir politique et défier les politiques, c'est le 18 Brumaire...
Bonaparte sait que la relation du politique au militaire est malsaine, que le pouvoir a alors besoin d'un sabre, mais qu'il faut savoir n'être pas là dans certains moments sanglants, pour éviter l'opprobre. Brumaire, c'est encore un échec transformé en succès. Face-à-face cruel avec lui-même: il se découvre pitoyable devant les Cinq-Cents, n'est pas à la hauteur, est sauvé par Lucien. Il vérifie son sentiment de fragilité, il n'est pas dupe de son ascension. Mais il comprend que la période est celle d'une grande équivoque et qu'il ne faut pas en sortir. Il se veut donc la synthèse de toutes les forces et de toutes les mémoires. Il ménage les royalistes, les émigrés, le pape. Il rassure les jacobins, se rapproche des aristocrates grâce à Joséphine, flatte les libéraux. Il grossit de cette ambiguïté, évite les pièges de la période, mais voit tous les complots parisiens depuis sa nouvelle campagne d'Italie ponctuée par le miracle de Marengo. La fragilité, encore. On sous-estime combien il a vécu dans le doute, la peur, toute sa vie. L'intrigue est là, qui peut à chaque instant l'emporter.

Néanmoins, il est l'homme fort, dans un pays qui en cherchait un.
Après dix ans de Révolution, la France aspire à l'ordre, au calme. L'effroyable Terreur a impressionné le tempérament français. Napoléon s'en est servi pour conquérir le pouvoir. A travers le Consulat, il apporte l'ordre, la paix et pose les fondations de la France moderne. Mais tout cela demeure fragile: c'est le système d'un jour, pas l'enracinement de l'Ancien Régime. A défaut de telles racines historiques, Napoléon, pour durer, doit trouver autre chose: ce sera la conquête, permanente, qui le renforce, mais le soumet à la loi binaire défaite-victoire. Et le voilà lancé dans une fuite en avant qui ne peut finir que tragiquement.

Pourquoi ne se rassure-t-il pas et ne se calme-t-il pas après avoir installé l'Empire en 1804 et gagné à Austerlitz en 1805?
La marche vers l'Empire s'est faite sur fond de peur, avec l'attentat de la rue Saint-Nicaise et la conjuration Pichegru-Cadoudal-Moreau, éléments déterminants dans le choix par Napoléon de l'hérédité. Comment terminer la Révolution et installer un pouvoir stable? Dans un écho de l'Ancien Régime, par un système inspiré par Rome et Charlemagne, qui le pose, aussi, par rapport à l'Europe: il veut sortir de cette illégitimité belliqueuse avec les monarchies. Mais il ne sortira jamais de l'illégitimité fondatrice de Brumaire, ni de l'illégitimité du sacre, fondé sur la souillure de l'assassinat du duc d'Enghien. Le pacte avec la mort signé par les Jacobins en janvier 1793, il le paraphe à son tour avec le sang bourbon du duc... Aucune sérénité, aucune pérennisation n'est plus possible, même si une occasion est manquée après Austerlitz, avec la paix de Presbourg. Mais comme, en plus, l'Europe n'arrive pas à s'entendre, Napoléon entend jouer de ces divisions et poursuivre sa conquête.

Cette aspiration à la reconnaissance par les cours d'Europe ne relève-t-elle pas aussi d'une ambition de parvenu?
Non. Il y a dans son ascension la conscience de sa différence, pas la volonté d'imitation. Il ne cherche pas à «faire comme». Globe du Saint Empire, saint chrême des Bourbons, lauriers de César: il fusionne dans son sacre toutes les légitimités. Il veut mettre un point final à l'Histoire, et à la géographie de l'Europe. Il se fait ici le passeur du monde moderne.

A Tilsit, en 1807, a-t-il l'impression de toucher au but?
Son obsession antianglaise s'incarne, l'invasion de l'île étant impossible depuis Trafalgar, dans l'alliance avec la Russie et l'union continentale.

Il ne voit pas que l'avenir est au-delà des mers et perce surtout outre-Atlantique...
Il manque cette vision, tout comme il ne mesure pas que les fondements de la puissance changent: l'art militaire le cède à la mutation économique. L'Angleterre, avec la révolution industrielle et la machine à vapeur, prend de l'avance dans l'épopée moderne. D'autant qu'elle a réconcilié sa société avec le pouvoir, tandis que la France reste dans une forme de divorce. La fusion société-pouvoir, accomplie dans la personne de Napoléon, est d'une grande instabilité. Cette suspicion envers la politique, entre le pouvoir et la société, demeure: nous sommes toujours en guerre contre nous-mêmes. Enfin, Napoléon sous-estime les contraintes stratégiques liées au climat, à l'éloignement géographique, à l'intendance ou encore à la confrontation avec la guérilla.

Perd-il aussi son génie politique?
Il est rattrapé par ses contradictions. Napoléon prétend instaurer le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et devient un occupant; il veut des guerres défensives mais devient l'agresseur. Il était le libérateur à Austerlitz, il devient l'oppresseur avec le Blocus continental.

Est-il rattrapé par l'esprit de cour?
Dès 1802, le système courtisan s'installe, même si le «sacre du mérite» dure encore. Napoléon et son entourage se figent. A Tilsit, le physique de l'Empereur a changé, son humeur aussi. On constate alors un phénomène inquiétant pour notre pays: la cour n'est pas liée à l'Ancien Régime, c'est un système indépendant de l'hérédité, qui digère la Révolution et toutes ses phases, qui passera tous les régimes. C'est une agrégation d'intérêts et de docilités, qui ternit l'horizon et gâte le pays, car il entretient la peur et sécrète la conservation: c'est l' «esprit de cour». Il perdure car il est inhérent au pouvoir. Je travaille depuis longtemps à un essai sur ce sujet.

Est-il inévitable qu'un esprit de conquête se mue en esprit de cour?
Oui, cela menace toujours. Tout pouvoir doit en avoir conscience, pour sécréter ses antidotes. Un pouvoir qui se donne des missions pour une action en un temps limité est moins menacé qu'un pouvoir qui s'installe. L'Empire s'installe, l'esprit de cour arrive. Napoléon s'en amuse, mais en est aussi la victime.

Est-il saisi par l'ivresse du pouvoir?
Oui, il perd la mesure des choses. Il y a du calcul, de la propagande dans ces excès, mais aussi du mépris pour son entourage, ses maréchaux, et il s'aliène des bonnes volontés. Il pense qu'il faut la gloire pour soi seul. La gratitude est impossible pour les hommes qui ont l'obsession du pouvoir personnel.

Donne-t-il dans l'abus de pouvoir, liberticide?
Oui, il tourne le dos aux libertés pour jouer de l'égalité, conserver les intérêts et flatter les vanités, même s'il sait récompenser le mérite. Il signe un certain nombre de forfaits avec la conviction qu'ils sont nécessaires pour asseoir son pouvoir. L'instinct de survie est une des clefs de son parcours: pour se maintenir, il faut savoir faire peur, déployer la police, museler la presse, contrôler les chambres.

Qu'entendez-vous par les «deux corps de Napoléon», le «poétique» et le «politique»?
La légende et l'action se conjuguent, il les marie dans son art de la propagande. Sa part d'imaginaire interagit en permanence avec ses actes politiques. C'est pourquoi nombre d'écrivains ont si bien parlé de Napoléon: Suarès, Stendhal, Chateaubriand... Il y a en lui quelque chose qui échappe à la rationalité, qui relève de la mystique.

Toute aventure d'une telle incandescence est-elle promise à une issue tragique?
Le décalage entre le rêve et la réalité nourrit des entreprises vouées à l'échec, mais qui adviennent parce qu'il y a quelque chose de démiurgique, de prométhéen chez leurs auteurs, qu'ils sont menés, dans leur volonté de gouverner, par autre chose que l'intérêt. Notre pays se nourrit d'imaginaire, quand l'Angleterre ou les Etats-Unis se construisent avec davantage de sens du compromis et de pragmatisme. La réalité nous ennuie; le rêve nous épuise. Nous oscillons donc, souvent, dans l'excès et la démesure. Cela nous vaut des aventures et des déconvenues. Mais nous continuons de porter, par notre ambition universaliste, beaucoup d'espoirs.

Dominique de Villepin
14 novembre 1953
Naissance à Rabat.

1993
Directeur du cabinet d'Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères du gouvernement d'Edouard Balladur.

15 mai 1995
Secrétaire général de la présidence de la République, après l'élection de Jacques Chirac.

17 juin 2002
Ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin.

31 mars 2004
Ministre de l'Intérieur, de la Sécurité intérieure et des Libertés locales.

31 mai 2005
Premier ministre.

27 juillet 2007
Mis en examen pour «complicité de dénonciation calomnieuse, recel de vol, recel d'abus de confiance et complicité d'usage de faux» dans l'affaire Clearstream

http://livres.lexpress.fr/entretien.asp/idC=12972/idR=5/i...

Villepin parle des écrivains qui parle de Napoléon mais pas de Nerval alors que ce dernier a écrit sur l'empereur et le "soleil noir" du titre me rappelle le "soleil noir" nervalien.

14.08.2007

Une forêt du miocène en Hongrie

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Dans un décor lunaire, la petite forêt fossile de cyprès pointe ce qu'il lui reste de cimes vers le ciel. D'une hauteur de 4 à 6 m, pour un diamètre de 1,5 à 3 m, leur taille réelle devait approcher les 30 ou 40 m.
DR
Vienne MAURIN PICARD.
 Publié le 10 août 2007
Actualisé le 10 août 2007 : 08h08

Des arbres vieux de huit millions d'années, et exceptionnellement bien conservés, ont été découverts dans une mine à ciel ouvert en Hongrie.

PARFAITEMENT conservés, les seize Taxodium distichum (cyprès des marécages) gisaient au fond d'une immense crevasse, profonde de 60 mètres. Pour les ouvriers de la mine de lignite de Bukkabrany, à 160 km au nord-est de Budapest, il n'y avait là rien de particulièrement étonnant, la mise au jour de troncs d'arbre carbonisés étant monnaie courante lors des opérations d'extraction.
Mais ces seize-là n'étaient pas tout à fait comme les autres. Âgés de huit millions d'années - datant d'une période, appelée miocène, où le continent européen était partiellement submergé par les eaux -, ils auraient été subitement ensevelis par une tempête de sable, qui leur aura permis de traverser les époques sans dommage, ou presque. « La découverte est exceptionnelle, car les arbres ont conservé leur structure en bois, explique Tamas Pusztai, directeur adjoint et chef du département archéologique du Musée Otto-Herman de la région. Ils n'ont été ni carbonisés ni fossilisés. »
Gangue naturelle
Dans un décor lunaire, la petite forêt de cyprès pointe ce qu'il lui reste de cimes vers le ciel, dans un périmètre de moins de 100 m². D'une hauteur de 4 à 6 mètres, pour un diamètre de 1,5 à 3 mètres, leur taille réelle devait approcher les 30 ou 40 mètres. Ils étaient recouverts d'une épaisse couche de sable gris, lui-même surmonté d'une fine bande de sable jaune. C'est cette gangue naturelle qui est à l'origine de leur survie miraculeuse.
« Les troncs ont été conservés dans leurs forme et matière originales, explique Miklos Kazmer, directeur du département de paléontologie de l'université des sciences Lorand-Eotvos. La conservation exceptionnelle des arbres est due à une soudaine tempête de sable qui a recouvert la forêt jusqu'à une hauteur de 6 mètres. La partie ensevelie sous les sables est restée magnifiquement intacte », grâce à l'absence de bactéries dans la couche de sable gris. « L'importance de la découverte réside dans le fait que tant d'arbres ont été préservés à leur emplacement original, dans un seul et même endroit, renchérit Alfred Dulai, géologue au Muséum hongrois d'histoire naturelle. La vraie rareté concernant ces arbres est que leur bois original a été préservé. Ils ne sont pas transformés en pierre. »
Grâce à ce parfait état de conservation, les scientifiques espèrent découvrir une mine d'enseignements sur la flore du miocène, et cerner un peu mieux les origines de la Pannonie. Cette plaine sur laquelle est apparue la Hongrie contemporaine était il y a huit millions d'années une immense étendue d'eau, le lac Pannon, sur les rives boueuses et marécageuses duquel prospéraient les Taxodium.
Les troncs étant de matière organique, il serait possible de procéder à des examens de dendrochronologie, une méthode de datation des changements climatiques par l'étude des anneaux des arbres, qui devaient avoir 300 à 400 ans au moment de leur mort. « Et puisque les arbres ne sont pas nés le même jour, il est possible d'étudier une période s'étalant sur 1 000 à 1 500 ans », s'enthousiasme Janos Veres, archéologue en chef du chantier improvisé au coeur de la mine.
Questions de conservation
Après l'annonce officielle de la découverte, le 31 juillet, le ministre hongrois de l'Environnement, Gabor Fodor, évoquant une « sensation mondiale », a assuré que son gouvernement allait investir plusieurs millions d'euros pour assurer la préservation des 16 cyprès du miocène. Ceux-ci seront à terme exposés dans un aquarium reproduisant les conditions humides de leur longue hibernation, dans le centre pour visiteurs d'Ipolytarnoc, au sein du parc national de Bükk. Mais il faut faire vite. Soumis au contact de l'air et du soleil, très nocifs pour un bois si ancien, les troncs ont perdu leur cellulose qui servait de colle aux membranes des cellules des arbres, et ont commencé à se dessécher quasiment à vue d'oeil.

Une hydrographie de grande envergure à Angkor

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À Angkor, les canaux ont servi à capturer l'eau des rivières et à l'acheminer vers les différentes constructions de la cité et de ses environs.
Vogel/AP.
ISABELLE BRISSON.
 Publié le 14 août 2007
Actualisé le 14 août 2007 : 08h37

Avec l'aide de la Nasa, des chercheurs ont établi que le système hydrographique de la cité cambodgienne était exceptionnel pour l'époque.

LA CITÉ d'Angkor a été la capitale de l'Empire khmer entre le IXe et le XVe siècle de notre ère, époque pendant laquelle se sont succédés des pouvoirs à cet endroit. L'analyse du site a été effectuée par une équipe internationale de chercheurs (1), dont Christophe Pottier de l'École française d'Extrême-Orient (Efeo), qui a cartographié minutieusement le site depuis son classement en 1992 par l'Unesco au Patrimoine mondial de l'humanité. L'échelle très précise de la carte qui couvre environ 3 000 km² a pu être établie grâce à l'analyse combinée de cartes traditionnelles, de photographies aériennes, d'images satellitaires d'une résolution de moins d'un mètre, avec les données d'un radar du Jet Propulsion Laboratory de la Nasa à forte résolution embarqué sur avion. Ce travail a permis aux scientifiques de montrer à quel point la riziculture s'est développée à l'époque médiévale et à quel point l'homme a transformé son environnement. Et peut-être que cette transformation de l'environnement a compté parmi les facteurs à la base du déclin du site.
En effet, la cartographie montre qu'à l'époque médiévale la cité qui entourait le célèbre temple d'Angkor Vat possédait un immense système hydrographique central de plus de 1 000 km². Il était constitué de 4 « barays », des réservoirs artificiels énormes, dont le plus grand faisait 8 km de longueur sur 2 km de largeur avec des digues de 10 mètres de hauteur sur 150 mètres de largeur.
Un million d'habitants
Ces réservoirs étaient peut-être destinés à stocker l'eau des pluies en temps de mousson, estiment les auteurs. Il y avait aussi des canaux destinés à capturer l'eau des rivières et à l'acheminer vers les différentes constructions de la cité et de ses environs (certains ont pu estimer que la population dépassait un million de personnes à son apogée) et peut-être aussi vers les rizières alentour. C'est l'hypothèse qu'avait émise dans les années 1950 Bernard-Philippe Groslier de l'Efeo. Cet archéologue avait entrepris de cartographier les lieux sans avoir pu terminer ce travail en raison de l'arrivée des Khmers rouges dans les années 1970.
Pour Groslier, les ouvrages étaient le résultat d'une volonté royale. Si les auteurs de la présente étude s'accordent avec lui pour estimer que les travaux, étant donné leur taille importante, avaient probablement été décidés au plus haut niveau, ils n'en déclarent pas moins que cela reste à démontrer.
(1) « Pnas », 13 août 2007