06.07.2008

Mémoire d’Artois : itinéraires littéraires

Dimanche après-midi, ciel menaçant, température au-dessous des normales saisonnières. Et pourtant, sur le site commémoratif du Canada à Vimy, quarante promeneurs spectateurs se sont déplacés. Comme dimanche dernier. Immobiles, silencieux et graves, ils écoutent les comédiens qui égrènent des textes déchirants d’écrivains canadiens.

Parfum de l’herbe fraîchement coupée et chants d’oiseaux. À deux pas des moutons qui tondent les espaces vallonnés, Serge Flamenbaum et Marcelle Fontaine, comédiens talentueux, plongent les badauds dans l’abîme. Voilà que dans la paix du dimanche après-midi percent les hurlements et cris furieux des soldats d’il y a quatre-vingt-dix ans, quand la Grande Guerre déchirait les corps et les âmes. Explosions de mortiers, tirs de canon… les troupes montent à l’assaut de la crête et les spectateurs d’aujourd’hui frémissent. Les « Promenades littéraires à Vimy », gratuites, remportent toutes les émotions, elles bouleversent les badauds. Elles sont proposées par Mémoire d’Artois – établissement public de coopération intercommunale – dont la mission est de « rendre compréhensible et palpable » l’histoire de la Première Guerre mondiale. Béatrice Dancer, chargée de mission tourisme et l’équipe de Mémoire d’Artois élaborent ainsi depuis des années des projets « pour faire revivre ces lieux chargés d’histoire à travers l’art, la lecture des paysages ou la randonnée. » Un partenariat constructif s’est créé avec Serge Flamenbaum et Marcel Obin qui aide à la sélection des textes, et les initiatives fusent. Parmi les prochaines manifestations, une exposition nommée « Empreintes de la Grande Guerre sur le front d’Artois : Hommes et paysages » devrait émouvoir à partir du 1er octobre ceux qui s’intéressent au 90e anniversaire de l’Armistice. Mémoire d’Artois exposera en plein air et en très grand format des cartes postales et photographies de la Grande Guerre « pour montrer l’impact sur le paysage ». D’autres expos et balades littéraires sont programmées… pour, selon Béatrice Dancer, « réaliser un véritable travail de fond ».

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Marie-Pierre Griffon
L'Echo du Pas-de-Calais n°94 - Juillet-Août 2008

05.03.2008

Les paysages à croquer de Carl Warner

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Petits pois, persil haché, saumon finement tranché... bienvenue dans l’univers du photographe anglais d'origine australienne Carl Warner. Au bout d’un chemin bordé de brocolis, deux rochers d’un bon pain passion avec la promesse d’une fresque à déguster. Ces natures mortes au réalisme fascinant sont des compositions entièrement réalisées avec des aliments disposés par couches sur un espace de 1,2m x 2,4m. Cet artiste de 43 ans nous fait rêver à travers ses paysages inspirés du romantisme allemand du XIXe. On y reconnaîtra notamment dans certains panoramas les scènes contemplatives de Caspar David Friedrich (1774-1840). Faites-vous lilliputiens le temps d’une visite dans ses paysages gourmands ! Voir le diaporama.

01.10.2007

Jean-Pierre Ferrini ,"Bonjour monsieur Courbet"

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UN ET L'AUTRE (L'). 160 pages - 16,90 €
« Quand je suis dans un paysage de Franche-Comté, je me transporte dans une peinture de Courbet et quand je regarde une peinture de Courbet, je me retrouve dans un paysage de Franche-Comté. Le regard vient de l'intérieur et de l'extérieur. » Jean-Pierre Ferrini.
 
http://www.gallimard.fr/Vient_de_paraitre/accueil.go?cgi=...
« Quand je regarde Un enterrement à Ornans, je ne vois pas ce tableau seulement comme un visiteur peut le regarder au musée d'Orsay, je le regarde aussi depuis la Roche d'Haute-Pierre, comme depuis les coulisses de cette scène ordinaire (un enterrement) que Courbet éleva au rang de peinture d'histoire. Je reconnais presque quelques-uns des acteurs, le sacristain qui porte la croix, une des vieilles avec son bonnet blanc  ; ma grand-mère avec son profil sévère pose aussi parmi le groupe de femmes. Si le regard plonge depuis le sommet de la Roche d'Haute-Pierre au fond des gorges de Nouailles où la Loue prend sa source, il plonge encore au fond du trou, de la fosse autour de laquelle, au centre d'Un enterrement, chacun s'approche inexorablement en portant ou simulant le deuil, distrait par une pensée ou par un des deux enfants de chœur. L'un semble attirer les regards parce qu'il a commis une maladresse. L'autre, c'est lui plutôt qui retient mon attention, regarde ailleurs. C'est l'Enfant, le récitant à l'avant-scène qui rêve toute la Comédie que nous jouons, cette procession, de la naissance à la mort. »
Jean-Pierre Ferrini.
 

BONJOUR MONSIEUR COURBET [2007], 160 pages sous couv. ill., 120 x 205 mm. Collection L'un et l'autre, Gallimard -ess. ISBN 9782070784059.
Parution : 27-09-2007.

 

 http://www.gallimard.fr/Vient_de_paraitre/accueil.go?cgi=...

19.09.2007

Le "père" du genre paysage en peinture

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Et Patinir apparut dans le paysage
LE MONDE | 24.08.07

© Le Monde.fr

Joachim Patinir ou Patenier (né vers 1480 à Dinant ou Bouvignes - mort le 5 octobre 1524 à Antwerpen), également connu sous le nom de de Patinier et de Patiner était un peintre et dessinateur de style flamand de la Haute Renaissance. Il fut membre de la guilde des peintres d'Anvers. On pense qu'il était l'oncle de Henri Blès, également peintre. Spécialisé dans les paysages et fortement influencé par Jérôme Bosch, Patinir réalisa des œuvres où se mêlaient des éléments fantastiques, des bois, des contrées imaginaires, des villes et des cours d'eau. Patinir collabora avec Quentin Matsys. On attribue à Patinir certains des paysages présents dans les toiles de ce dernier. À la mort de Patinir, Matsys s'occupa de ses enfants. Principales œuvres [modifier] La Fuite vers l'Égypte, Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Saint Jérôme dans le désert, 1515, Paris, Musée du Louvre Traversée du monde souterrain, entre 1515 et 1524, Madrid, Musée du Prado Paysage avec Saint Jérôme, Madrid, Musée du Prado Le baptême du Christ, vers 1515, Vienne, Kunsthistorisches Museum

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Joachim_Patinir

14.08.2007

Pourquoi la catégorie Lamartine?

J'ai lu Lamartine pour la première fois à l'adolescence, au collège; j'ai aimé comme mon père avant moi.

Mon cours de DEA  sur lui m'a permis d'approfondir ma lecture.

Paysages

 

 

 

 

 

871afcb0ba5130430d83035927541a54.jpgCe poème a été selectionné pour le concours Communic'art 2007 et se trouve dans mon recueil de poèmes "Paysages" en vente sur Lulu (cf. lien dans la colonne de droite)

 

http://www.communic-art.com/main/r_galerie/galerie_concou...

13.08.2007

Bassin loufoque.Là où Alphonse allait...

Une lignée de pharmaciens lascars, des peintres de plein air et un pataphysicien du nom d'Alphonse Allais: Honfleur n'est pas un port aussi tranquille qu'il y paraît. Le vent du large souffle aussi sous les crânes.

 

«Hiour môdeu iz il, aille tinnk?» (Votre mère est malade, je pense?). «Houair âr Robeut ann Pol? Dé âr inn de gâdenne» (Où sont Robert et Paul? Ils sont dans le jardin). L'auteur de la méthode la plus rapide du monde pour apprendre à parler anglais avec un pur accent tout en restant chez soi, M. Démarais, chimiste de 1re classe, directeur du «Journal des écrasés de la nation», était décidément un bien curieux paroissien. Mais les Honfleurais ont depuis belle lurette l'habitude des têtes folles. Friand de décorations, Paul Démarais revêtait sans se faire prier le grand cordon de l'ordre du Mérite humain, combattait l'oisiveté volontaire et faisait acte de candidature à la présidence de la République en 1939. L'illustre Popaul, défenseur des ouvriers et des petits commerçants, poujadiste avant la lettre, haranguait la foule honfleuraise de son balcon, place Hamelin. On raconte qu'il attirait le chaland en distribuant des sucreries aux enfants, des sandwiches aux nécessiteux et des billets de 5 francs aux électeurs potentiels: un ancêtre de Papv Dassault. Dans les années 1930 et 1940, la popularité du pharmacien était immense autour du Vieux Bassin. Comme nombre de politiciens actuels, il avait une idée sur toute chose et en toutes circonstances. Pour la suppression du chômage, il prônait la diminution du nombre d'heures de travail pour occuper plus de monde et faire fondre d'autant le chiffre des chômeurs. Un pionnier de la semaine de 35 heures. Quant à la natalité galopante, ce brave homme n'était pas si éloigné de la «Modeste proposition» de Jonathan Swift: les enfants ne sont jamais meilleurs que mitonnes à la marinière... Paul Démarais était une boîte à idées ambulante: non seulement il connaissait la parade contre les comédons et les couperoses, mais il n'avait pas son pareil pour éclaircir la voix des ténors, empêcher les cheveux de blanchir et écouter pousser ses ongles. Sa théorie sur la formation de la rosée matinale faisait autorité. Bref, le sieur Démarais passait pour un homme providentiel. C'est tout juste si on ne lui imputait point la richesse picturale et littéraire d'Honfleur.



Il est vrai que toute la vie artistique du Vieux Bassin se refléta dans les bocaux multicolores de bonbons pour la toux. Chaque rimailleur, chaque aquarelliste du dimanche passa au moins une fois tirer le cordon nocturne de la pharmacie du Passocéan, 6, place Hamelin. Les habitués de la Croix Verte sont légions. Qui pour un herpès fessier, qui pour un début de phlébite, qui pour des migraines persistantes. Pharmacien en Normandie, une vocation, presque un sacerdoce, comment ne pas penser à cet autre potard illustre immortalisé par Flaubert et dont le nom rime avec Allais, justement?

«MERVEILLEUX NUAGES»
Les jeux de lumière de l'estuaire, le fantasque firmament normand fixèrent nombre de peintres célèbres aux colombages d'Honneur, comme des phalènes sur les pare-brise des premières limousines. Corot et Isabev furent les premiers à y séjourner. C'était le début de la peinture «de plein air», ce furent aussi les prémisses du tourisme. Puis défilèrent, leurs inséparables albums de croquis sous le bras, Daubigny, Bazille, Sisley.Whistier.Vallotton, Marquet et tant d'autres. Ils parcouraient la Seine, toute en entourloupes, jusqu'à la mer. Honneur était au bout, c'était le meilleur gîte, c'était la meilleure table. Le séraphique Eugène Boudin initia Monet au chevalet et créa au mitan du XIXe siècle le berceau du mouvement impressionniste chez la mèreToutain, aujourd'hui Ferme Saint-Siméon. Lui seul savait peindre les cieux rapides du littoral, ces «merveilleux nuages» que sut capter plus tard le regard désenchanté de Françoise Sagan, une habituée de la Côte de Grâce. En son temps, Charles Baudelaire, grand admirateur de la facture de Boudin, fut le meilleur prosélyte de la cité: «Mon installation à Honfleur a toujours été le plus cher de mes rêves», clamait-il aux terrasses fleuries. Il séjourna dans le pavillon de sa génitrice, la générale Aupick, au-dessus de la rue de l'Homme-de-Bois. Souvent, il passait à la pharmacie quémander un chouïa d'opium. L'apothicaire restait inflexible. Plus tard, les poètes Henri de Régnier et Lucie Delarue-Mardrus louèrent à leur tour le charme unique de ce doux talisman niché dans un écrin de verdure qui hésita et hésite encore entre le bocage et la mer. Honfleur: son vieux bassin, ses colombages, son microclimat. «En été, il y fait rudement chaud pour une si petite ville.» L'échoppe de la pharmacie du Passocéan était ouverte jour et nuit. Sur la vitrine, ce carton: «Malgré qu'elle soit fermée à 2 heures, il faut sonner sans crainte de déranger, si le cas présente un caractère de quelque urgence.»


A ses patients qui voulaient se rendre en Angleterre, M. Démarais proposait le Passocéan, un remède radical contre le mal de mer. M. Démarais avait réponse à tout. Au siècle précédent, enfin celui de la vapeur, la famille Allais fut la reine de l'herboristerie. Dans cette même officine, elle avait succédé à M. Lemercier, lui-même héritier de M. Hamelin, fondateur de la pharmacie. La maison avait excellente réputation, le négoce était prospère, les ordonnances amoureusement concoctées.

Alphonse Allais est né là, le 20 octobre 1854, en même temps que Rimbaud et que l'éclairage au gaz. Il faillit bien suivre la carrière paternelle. Il y commença même distraitement une formation de préparateur avant de «monter» à Paris où, par bonheur pour la famille des humoristes, il préféra narrer les mésaventures de l'abbé Charnel ou de l'ingénieur Elie Coïdal, pour devenir bientôt la plus grande force de frappe comique hexagonale de la fin du XIXe siècle. Pendant ses tendres années, c'est un long rêveur blond filasse, un éphèbe aux yeux bleus souvent pleins d'une extase effarée. S'il n'avait écouté que ses sentiments, c'était dans l'azur infini qu'il aurait passé le plus clair de son temps, mais une famille inexorable - la sienne, précisément - avait exigé qu'il vécût dans un milieu moins vague, et il était écrit qu'il devait devenir pharmacien... «La vérité, c'est que je considère la vie comme beaucoup trop provisoire pour être jamais prise au sérieux, et pas assez facétieuse pour inspirer de rires allégresses. Alors, quoi!» Au pied du robuste clocher Sainte-Catherine en bardeaux de châtaignier, Alphi ne se souciait pas du grand large et de ses steamers, il préférait de beaucoup les étangs d'absinthe et les lagons d'eau-de-vie. Ses décoctions préférées se nommaient à-peu-près, vers holorimes et sentences détergentes. «La mer aussi a l'fond salé...» Naquirent donc aussi à Honfleur Lucie Delarue-Mardrus, dont le mari traduisit le premier «les Mille et Une Nuits», et Henri de Régnier, dont la femme fut, entre autres, célèbre pour sa liaison avec Pierre Louÿs.

On raconte qu'une sirène particulièrement gironde a pris pension à l'entrée du Vieux Bassin.

La pharmacie du Passocéan est riveraine de la Lieutenance, ancienne porte de Caen, cible préférée de tous les rapins de Haute- et Basse-Normandie, et du Vieux Bassin avec ses pignons écaillés et ses porches à pans de bois d'où sont partis caravelles, frégates, goélettes, terre-neuvas, grands capitaines, corsaires et pêcheurs. C'est d'ici que Samuel Champlain s'embarqua en 1608 pour fonder le Québec. C'est là qu'en 1832, face aux greniers à sel, Frédéric Sauvage fit ses premiers essais de bateau à hélice. On rapporte aussi, selon messire François Rabelais, que c'est dans le Bassin «d'Honnefleur» que Pantagruel fit trempette avant de mettre le cap vers le royaume d'Utopie. Autant de doux dingues sur leurs engins bizarres.

PHARMACIE BURLESQUE
Les marins d'Honfleur, c'est bien connu, ne se soignent jamais. Ou alors quand ils ont déjà un pied dans le gouffre. Quand la vase est reposée, ils ne rendent visite à l'officine que pour faire vérifier la trousse médicale légale de leur bateau. Ils se nomment Gigot d'Bouf, le Sioux, le Sueur, Sans Bite, Ti Tonneau, etc. Ils sont spécialisés dans la crevette grise ou les coquilles Saint-Jacques, ils luttent pour que leur port d'attache ne devienne jamais un gros bourg touristique aux volets clos. Reste l'hypocondrie des Parisiens sur le retour, des «cheveux bleus», vieux fonds de commerce de tous les bobologues de la planète et de ceux d'Honfleur particulièrement.
Aujourd'hui, Daniel et Pierre Barré, père et fiston, perpétuent la loufoquerie de cette longue saga de pharmaciens. En vitrine de leur pimpante échoppe, chaque ler avril, entre élixirs, suspensoirs, sirops, sinapismes, liniments, ils proposent à leurs chers valétudinaires des préservatifs en dentelle, un crâne d'Alphonse Allais à 16 ans, un sirop purgatif du Captain Cap, des tasses pour gauchers atteints de la maladie de Parkinson, des boîtes de vingt doses d'eau bénite de Lourdes. Toute la magie de ce vieux monde tient dans un mouchoir de poche, baignée par les fragrances de camphre et les reflets irisés des vieux gréements.

Ici, la vie est ineffablement bonne et douée. Tout y concourt. L'huître, la poésie, le goéland et la pomme. Dans les cailloutis, la limite du flot se ponctue par le liseré noir du varech. Les chalutiers dorment de guingois. Au large de la grève, une flottille de périssoires joue les funambules. Les derniers pêcheurs s'habillent en messieurs de la ville, avec longues redingotes et chapeaux ronds. Les citadins, eux, s'affublent en forbans emmaillotés de goémon. Tout cela se coudoie avec le minimum de tolérance. On vocalise, on gazouille, on solfie, c'est merveille, le soir à la fraîche, d'entendre les trilles des cantatrices débutantes faire la nique aux rossignols et se répondre de pergolas en charmille.

A l'ombre des jeunes filles d'Honneur, dans les ourlets de la Manche, quand les mouettes crient comme des cabestans, les pèlerins du non-sens ne cessent d'affluer. Connaissez-vous leur dernière élucubration? Pour ne pas être en reste sur les vaticinateurs phocéens et leur légendaire «Sardine» qui boucha le Vieux Port, il se colporte à l'envi qu'une sirène à la voix de rogomme, particulièrement gironde (bien que ce ne soit pas son département d'origine), a pris pension à l'entrée du Vieux Bassin et fait commerce nuitamment de ses charmes dodus avec les plaisanciers qui n'ont pas eu le temps de lire Homère. Allaisluia!

 

Patrice Delbourg
Le Nouvel Observateur

http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/supplement/p2228_2/artic...

11.08.2007

Le guide du proustard. Un week-end en Marcel

Dans «A la recherche du temps perdu», l'écrivain a immortalisé le Grand Hôtel de Cabourg et son personnel. Notre reporter a occupé sa chambre et profité du room service.

 

Vous voici dans la chambre de Marcel Proust, au Grand Hôtel de Cabourg. Ici, le romancier séjourna tous les étés, après la mort de sa mère, de 1907 à 1914, et composa les chapitres balnéaires de «A la recherche du temps perdu». Le liftier-bagagiste, un bachelier de Bénéville qui se destine à des études de marketing sportif («Il paraît que ça rapporte»), pose votre valise puis vous regarde à travers ses lunettes avec un air d'abattement et d'inquiétude extraordinaire, comme s'il allait se jeter du haut des quatre étages. Vous avez lu «la Recherche», donc vous déchiffrez sans peine sa détresse et le pourquoi de sa mine atterrée. Comme le liftier de «Sodome et Gomorrhe», ce jeune Normand «tremble» pour son pourboire, il s'imagine que vous ne lui donnerez rien, que vous êtes «dans la dèche» et «sa supposition ne lui inspire aucune pitié pour vous, mais une terrible déception égoïste».

Comment s'approprier la chambre de papier de Marcel Proust? Sous votre fenêtre passe, comme dans les pages de «A l'ombre des jeunes filles en fleurs», «le vol inlassable et doux des hirondelles» - sinon celui des «martinets». Devant vous s'étale la mer - cette mer que Proust peint sans cesse comme si c'était une montagne avec ses «contreforts» et ses «cimes bleues», et comme s'il avait trouvé dans la «surface retentissante et chaotique de ces crêtes et de ces avalanches» sa Sainte-Victoire. Sous vos yeux, un club de plage, le Canard club, et la digue où se matérialise pour la première fois Albertine, avec sa bicyclette. Cette digue s'appelle désormais la promenade Marcel-Proust.



Quelle liturgie observer entre ces quatre murs pénétrés de littérature, dans ce belvédère du génie? Faut-il se masturber avec fureur en torturant des rats dans une cage, par déférence pour les manies sexuelles que lui prête un de ses pieux biographes? Faire l'artiste contemporain et, en guise d'installation vidéo, allumer la télé et répéter à voix haute: «Je regarde «Questions pour un champion» dans la chambre de Proust»? Consulter l'édition japonaise de «la Recherche» qui garnit, avec les «Mémoires» de Saint-Simon ou «la Comédie humaine », les bibliothèques en acajou. Vous coucher de bonne heure, et, en dormant, devenir vous-même, comme par métempsycose, ce dont parlait l'ouvrage ou le journal que vous lisiez: «Une église, un quatuor, la rivalité de François Ieret de Charles Quint», la fin du couple Royal-Hollande, la molaire d'Hatchepsout, la cocaïne d'Ophélie Winter? Se livrer aux mille tourments de l'insomnie, tel le narrateur anxieux, tragique et patraque qui, lors de sa première nuit à Cabourg, pardon, à Balbec, compare le palace à une «boîte de Pandore», et sa chambre à une «cage» plus «appropriée à l'assassinat du duc de Guise» qu'à son sommeil. Un coup de Trafalgar pour le groupe Accor, actuel propriétaire du Grand Hôtel, et une expertise à vous faire perdre une étoile dans le «Guide Michelin».

Asthmatique, Proust découvre les bienfaits de l'établissement en juillet 1907, après avoir lu dans «le Figaro»un article vantant la «féerie» du Grand Hôtel de Cabourg, son «bar américain», ses chambres pourvues d'«un vaste cabinet de toilette avec toutes les commodités de l'hydrothérapie, chaude ou froide», etc. Son ancien camarade du cours Pape-Carpentier et du lycée