18.09.2007
Victor Hugo : "Récits et dessins de voyage"
| Un livre de Victor Hugo | |
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| "Plongée étonnante et délicieuse dans le monde d'un Victor Hugo peu connu. Lettres, récits de voyage et dessins remarquables nous convient à une toute autre perception du poète. Un privilège de partager la sphère relationnelle, émotionnelle et artistique de ce grand homme au vécu si intense." | |
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10:31 Publié dans L'art et les artistes, Victor Hugo, Voyage | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Victor Hugo, "Récits et dessins de voyage"
07.09.2007
LE VOYAGE ET LA MÉMOIRE AU XIXe SIÈCLE
Information publiée le mardi 20 février 2007 par CCIC (source : Michaël Morel)
DIRECTION : Sarga MOUSSA, Sylvain VENAYRE
ARGUMENT :
Le voyage est bien souvent le contraire de ce que prétend le récit de voyage. Loin d’appréhender le monde comme une nouveauté radicale, le voyageur véhicule des images, des discours, des codes esthétiques et idéologiques qui configurent aussi bien son expérience sensible que sa mise en forme. Le voyage, donc, repose sur la mémoire, et la déclenche aussi, qu’elle soit volontaire, affective ou autre, selon les différentes conceptions que le XIXe siècle s’en est fait – surtout avec des espaces impliquant la mémoire de l’humanité (l’Orient comme source des religions, l’Amérique ou l’Afrique comme espaces des peuples "sauvages", les Alpes comme nature intouchée…). Le voyage enfin veut faire mémoire, que ce soit par le biais d’expéditions scientifiques, de collections archéologiques, ou tout simplement par le succès européen d’une abondante littérature viatique.
De ces voyages un peu vite considérés comme des ruptures dans une continuité biographique à ces récits de voyages tout entiers réécrits, l’expérience du voyage est toujours une expérience présente et passée. Dans sa restitution et sa reconfiguration, la mémoire joue un rôle-clé. Comprendre ce rôle, c’est comprendre, un peu mieux, ce mythe moderne qu’est le voyage. Ce colloque envisage ainsi d’étudier dans tous leurs aspects ces relations du voyage et de la mémoire, d’autant plus essentielles que le voyage n’existe, aux yeux des historiens comme à ceux des littéraires ici réunis, que par la mémoire que l’on en a.
COMMUNICATIONS :
* Philippe ANTOINE: Ecrire pour vivre une seconde fois
* Sylvie APRILE: Le Proscrit pèlerin: le voyage de l'exilé sur les traces de ses prédécesseurs
* Emilienne BANETH-NOUAILHETAS: L'enfance du langage: retour aux Indes et mémoire poétique dans l'œuvre de Rudyard Kipling
* Gilles BERTRAND: L'archéologie dans l'expérience du voyage en Italie. Les Français et la mémoire, 1750-1815
* Marie-Noëlle BOURGUET: Voyage et mémoire dans les expéditions scientifiques au tournant des Lumières
* Nicolas BOURGUINAT: Le voyage de jeunesse de Lamartine en Italie: de la libre mémoire à la mémoire libérée
* Philippe BOUTRY: Le renouvellement du pèlerinage au XIXe siècle
* Marta CARAION: Objets du voyage, objets de mémoire
* Laurent DARBELLAY: Mémoire de la peinture et récit de voyage chez Eugène Fromentin
* Stéphanie DORD-CROUSLÉ: Inscrire la mémoire de soi dans les lieux visités: de quelques pratiques de voyageurs en Orient au XIXe siècle. A partir de l'exemple de Flaubert
* Frank ESTELMANN: Certitude d'oubli: la quête des Pharaons dans les récits de voyage fin-de-siècle
* Claire FREDJ: Mémoire et voyage scientifique. Les médecins militaires français au XIXe siècle
* Alain GUYOT: Les trous de mémoire dans le récit de voyage romantique
* Dominique KALIFA: Le bled, le cafard et la "nuit africaine". Souvenirs de Biribi
* Thomas KLINKERT: Proust, la mémoire et le voyage
* Dominique KUNZ-WESTERHOFF: De l'empreinte du souvenir à l'image élyséenne: le voyage du rêveur chez Senancour
* Daniel LANÇON: Les tensions dans l'écriture du voyage égyptien des Français (1820-1880): mémoire de soi et découverte de l'autre
* Franck LAURENT: Le Voyage en Espagne de Victor Hugo (1843): entre Mémoire, Politique et Utopie
* Céline MICOUT: Le voyage lu, écrit et pensé au XIXe siècle: l'exemple de la bibliothèque de Victor Hugo
* Sarga MOUSSA: Le pèlerinage littéraire en Orient au XIXe siècle
* Christine PELTRE: Modèles et contre-modèles du voyage d'artiste
* Claude RÉTAT: Voyage initiatique, tradition et création au début du XIXe siècle
* Nathalie RICHARD: Psychologie de la mémoire et voyage en France à la fin du XIXe siècle
* Stéphanie SAUGET: La maison hantée: une invitation au voyage? Le cas américain
* Isabelle SURUN: La mémoire de l'explorateur au XIXe siècle
* Sylvain VENAYRE: Que reste-t-il de nos voyages? Le voyageur et sa mémoire au XIXe siècle
* Anne-Gaëlle WEBER: La mémoire romanesque du voyage savant au XIXe siècle
Avec le soutien de l'UMR-LIRE (CNRS-Lyon 2) et du Centre d'Histoire du XIXe siècle (Paris I-IV)
Le Château 50210 Cerisy-La-Salle.
10:55 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : LE VOYAGE ET LA MÉMOIRE AU XIXe SIÈCLE
21.08.2007
Dans quels pays vit-on le plus heureux ?
Un sociologue néerlandais a établi le palmarès du bonheur dans 95 pays. Le Danemark arrive en tête. Et la France ? Voici les notes de 15 pays heureux, moins heureux, et dans la moyenne.
Dossier L'internaute
02:20 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Dans quels pays vit-on le plus heureux ?
06.08.2007
Charles Baudelaire."Le voyage".
Au printemps 1859, le poète Charles Baudelaire séjourne à Honfleur, chez sa mère, dans la «maison joujou». Deux ans après la mort de son beau-père abhorré, le général Aupick, il se réconcilie avec sa génitrice. Il écrit à Sainte-Beuve: «Nouvelles fleurs faites, et passablement singulières. Ici, dans le repos, la faconde m'est revenue.» Baudelaire vient de composer le plus long poème des Fleurs du Mal, «Le voyage», qui clôturera l'édition de 1861.
I
Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah! que le monde est grand à la clarté des lampes!
Aux yeux du souvenir que le monde est petit!
Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers:
Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme;
D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d'une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.
Pour n'être pas changés en bêtes, ils s'enivrent
D'espace et de lumière et de cieux embrasés;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.
Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir; coeurs légers, semblables aux ballons,
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De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,
Et sans savoir pourquoi, disent toujours: Allons!
Ceux-là, dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu'un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom!
II
Nous imitons, horreur! la toupie et la boule
Dans leur valse et leurs bonds; même dans nos sommeils
La Curiosité nous tourmente et nous roule,
Comme un Ange cruel qui fouette des soleils.
Singulière fortune où le but se déplace,
Et, n'étant nulle part, peut être n'importe où!
Où l'Homme, dont jamais l'espérance n'est lasse,
Pour trouver le repos court toujours comme un fou!
Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie;
Une voix retentit sur le pont: «Ouvre l'oeil!»
Une voix de la hune, ardente et folle, crie:
«Amour... gloire... bonheur!» Enfer! c'est un écueil!
Chaque îlot signalé par l'homme de vigie
Est un Eldorado promis par le Destin;
L'Imagination qui dresse son orgie
Ne trouve qu'un récif aux clartés du matin.
O le pauvre amoureux des pays chimériques!
Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer,
Ce matelot ivrogne, inventeur d'Amériques
Dont le mirage rend le gouffre plus amer?
Tel le vieux vagabond, piétinant dans la boue,
Rêve, le nez en l'air, de brillants paradis;
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Son oeil ensorcelé découvre une Capoue
Partout où la chandelle illumine un taudis.
III
Etonnants voyageurs! quelles nobles histoires
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers!
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,
Ces bijoux merveilleux, faits d'astres et d'éthers.
Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile!
Faites, pour égayer l'ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d'horizons.
Dites, qu'avez-vous vu?
IV
«Nous avons vu des astres
Et des flots; nous avons vu des sables aussi;
Et, malgré bien des chocs et d'imprévus désastres,
Nous nous sommes souvent ennuyés, comme ici.
La gloire du soleil sur la mer violette,
La gloire des cités dans le soleil couchant,
Allumaient dans nos coeurs une ardeur inquiète
De plonger dans un ciel au reflet alléchant.
Les plus riches cités, les plus beaux paysages,
Jamais ne contenaient l'attrait mystérieux
De ceux que le hasard fait avec les nuages.
Et toujours le désir nous rendait soucieux!
La jouissance ajoute au désir de la force.
Désir, vieil arbre à qui le plaisir sert d'engrais,
Cependant que grossit et durcit ton écorce,
Tes branches veulent voir le soleil de plus près!
Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace
Que le cyprès? - Pourtant nous avons, avec soin,
Cueilli quelques croquis pour votre album vorace,
Frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin!
Nous avons salué des idoles à trompe;
Des trônes constellés de joyaux lumineux;
Des palais ouvragés dont la féerique pompe
Serait pour vos banquiers un rêve ruineux;
Des costumes qui sont pour les yeux une ivresse;
Des femmes dont les dents et les ongles sont teints,
Et des jongleurs savants que le serpent caresse.»
V
Et puis, et puis encore?
VI
«O cerveaux enfantins!
Pour ne pas oublier la chose capitale,
Nous avons vu partout, et sans l'avoir cherché,
Du haut jusques en bas de l'échelle fatale,
Le spectacle ennuyeux de l'immortel péché:
La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s'adorant et s'aimant sans dégoût;
L'homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l'esclave et ruisseau dans l'égout;
Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote;
La fête qu'assaisonne et parfume le sang;
Le poison du pouvoir énervant le despote,
Et le peuple amoureux du fouet abrutissant;
Plusieurs religions semblables à la nôtre,
Toutes escaladant le ciel; la Sainteté,
Comme en un lit de plume un délicat se vautre,
Dans les clous et le crin cherchant la volupté;
L'Humanité bavarde, ivre de son génie,
Et, folle maintenant comme elle était jadis,
Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie:
«O mon semblable, ô mon maître, je le maudis!»
Et les moins sots, hardis amants de la Démence,
Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,
Et se réfugiant dans l'opium immense!
Tel est du globe entier l'éternel bulletin.»
VII
Amer savoir, celui qu'on tire du voyage!
Le monde, monotone et petit, aujourd'hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image:
Une oasis d'horreur dans un désert d'ennui!
Faut-il partir? rester?
Si tu peux rester, reste;
Pars, s'il le faut. L'un court, et l'autre se tapit
Pour tromper l'ennemi vigilant et funeste,
Le Temps! Il est, hélas! des coureurs sans répit,
Comme le Juif errant et comme les apôtres,
A qui rien ne suffit, ni wagon ni vaisseau,
Pour fuir ce rétiaire infâme: il en est d'autres
Qui savent le tuer sans quitter leur berceau.
Lorsque enfin il mettra le pied sur notre échine,
Nous pourrons espérer et crier: En avant!
De même qu'autrefois nous partions pour la Chine,
Les yeux fixés au large et les cheveux au vent,
Nous nous embarquerons sur la mer des Ténèbres
Avec le coeur joyeux d'un jeune passager.
Entendez-vous ces voix, charmantes et funèbres,
Qui chantent: «Par ici! vous qui voulez manger
Le Lotus parfumé! c'est ici qu'on vendange
Les fruits miraculeux dont votre coeur a faim;
Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette après-midi qui n'a jamais de fin!»
A l'accent familier nous devinons le spectre;
Nos Pylades là-bas tendent leurs bras vers nous.
«Pour rafraîchir ton coeur nage vers ton Electre!»
Dit celle dont jadis nous baisions les genoux.
VIII
O Mort, vieux capitaine, il est temps! levons l'ancre!
Ce pays nous ennuie, ô Mort! Appareillons!
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,
Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons!
Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte!
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe?
Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau!
Le Nouvel Observateur
Source:http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/supplement/p2228_2/artic...
Parmi l'abondante littérature consultée pour établir ce texte, voici les livres disponibles facilement que nous conseillons vivement: «Balade en Calvados, sur les pas des écrivains» aux éditions Alexandrines (21,60 euros); «Voyage en Normandie», une anthologie des récits de tous les écrivains ayant fait le voyage dans cette région au XIXe siècle (deux tomes, 17 euros chacun, éditions Pimientos); et l'excellent «Au vrai chic balnéaire» de Ginette Poulet (éditions Charles Corlet, 19,50 euros). L'auteur, responsable au château-musée de Dieppe, est une spécialiste de l'invention des bains de mer et de l'histoire des plages normandes, qu'elle raconte avec autant d'esprit que d'érudition. Un bonheur!
Le Nouvel Observateur
Source:http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/supplement/p2228_2/artic...
02:30 Publié dans Charles Baudelaire, Des lieux, La poésie, Le paysage, Le XIX e siècle, Voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : "Le voyage" de Baudelaire
01.08.2007
Olivier Barrot
Il ne faut pas se fier à son air de garçon sage, de guerrier appliqué et de lettré télégénique. Olivier Barrot est fou. Un fou volant. Sa seule patrie, c'est un tarmac dans le petit matin. A la fois Fregoli, ubiquiste et schizophrène, il ne cesse de faire le tour du monde et ne prend même pas le temps de se poser. On ignore ce qu'il fuit, ce qu'il cherche, en jonglant avec les fuseaux horaires. A côté, l'homme pressé selon Paul Morand est un flemmard.
Lorsque, entre Turks-et-Caicos et Oaxaca, il lui arrive de faire escale à Paris, Barrot s'empresse d'enregistrer son émission «Un livre, un jour», de diriger le magazine «Senso», de donner des causeries dans les théâtres et des manuscrits sur Jean Vilar, René Clair ou Patrick Modiano. Le reste du temps, il est ailleurs. Son plus grand bonheur: «Atterrir dimanche à Tahiti en provenance de l'Australie quittée lundi. » Barrot gravite, jusqu'au vertige, dans le temps et l'espace. Il parcourt la Libye de l'empereur Septime Sévère, croise saint Grégoire l'illuminateur au monastère de Khor Virap, salue Somerset Maugham à l'Oriental de Bangkok, caresse l'encolure des akhal-teke sur le marché d'Achkhabad, lorgne la villa de Bruce Willis sur l'île de Parrot Cay, roule vers Singapour à bord de l'Eastern and Oriental Express et dévore la page sportive du «Daily Telegraph» au-dessus de la mer Caspienne.
Précisons qu'Olivier Barrot ne voyage jamais seul. Considérant que la cabine d'un avion est le cabinet de lecture idéal, cet insomniaque prie les écrivains de l'accompagner. Ils ne demandent que ça. C'est ainsi qu'il survole le Pacifique avec la Correspondance de Gide et Allégret, s'imprègne du Journal de Jean Cocteau pour aller à Auckland, se plonge dans Obaldia à Mexico et emmène partout Valéry Larbaud; son maître: qui lui a inspiré «Décalage horaire» (Folio, 6 euros), le plus subjectif; raffiné et inapplicable des guides de voyage. Car il serait vain de le suivre, il est déjà ailleurs.
Jérôme Garcin Le Nouvel Observateur - 2228 - 19/07/2007 Source:http://livres.nouvelobs.com/p2228/a350249.html
02:20 Publié dans La littérature, Voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, olivier barrot
26.07.2007
Les écrivains voyageurs 3. Joseph Kessel, le moujik de la NRF
Né en Argentine, il grandit dans l'Oural avant de rejoindre Paris. Il devient. écrivain à la Nouvelle Revue française, parcourt le monde pour «France Soir» et bâtit sa légende à force de livres éblouissants et de verres broyés entre les dents
C'est un Kessel étonnamment sobre, indifférent aux oeillades des jolies inconnues sur le pont de l'«Astu-rias», qui vogue vers Buenos Aires ce 12 août 1937. Jean Mermoz est mort huit mois plus tôt. La jeune gloire de l'Aéropostale, disparu au large de Dakar aux manettes de la «Croix-du-Sud», était son ami, son frère. Joseph Kessel, polygame sentimental, le coeur ouvert à toutes les aventures, place au plus haut la camaraderie virile et l'amitié. En guise d'adieu au disparu, il va écrire un livre. Tout au long de la traversée, on le voit sous la Voie lactée, crinière au vent, se recueillir sur cet océan que l'ami, le frère, tant de fois, a survolé.
Comme à son habitude, Joseph Kessel a vu les choses en grand. Son enquête sur Mermoz et «sa cohorte ailée» fera l'objet d'une série d'articles dans «France-Soir». La biographie sera publiée par Gallimard. Au Kessel de la fin des années 1930, au romancier de «la Steppe rouge» et de «Belle de jour», au grand reporter, auteur d'articles retentissants sur le trafic d'esclaves en mer Rouge, au prince noctambule des cabarets russes parisiens déterminé à «faire de civique jour un dimanche» et qui, au petit matin, signe en titubant des chèques en blanc pour payer la vodka et tous les verres fracassés, à cet homme-là, on ne refuse rien. Il est déjà, à l'aube de ses 40 ans, l'Homo kesselianus qu'André Chamson accueillera en ces termes en 1962 à l'Académie française. En attendant, le voici qui aborde après trois semaines de traversée la terre de Mermoz - en ce temps-là, seul le courrier franchit par avion les océans. Des journalistes l'attendent à hôtel, pressés de célébrer comme il se doit le retour au pays du «juif argentin». Car Kessel a vu le jour non loin d'ici, dans la pampa. Le 10 février 1898, à Clara, dans une colonie agricole de Mosesville, peuplée d'émigrés des ghettos de Russie, naissait Joseph-Elie. Sur les bords du Tigre, là où les eaux du Panama rejoignent celles de l'Uruguay, là où Mermoz se baignait à la saison chaude, «Jef» Kessel sait que sa famille avait embarqué






